
Un phare public équipé de plusieurs caméras modernes de sécurité et de vidéosurveillance dans un parc urbain ©Alexander Varbenov
Alors que les stations balnéaires et centres-villes touristiques ont, cet été encore, frôlé la saturation, une tribune de Wiktor Bourée, CEO de la start-up Technis, plaide pour transformer le parc français de vidéoprotection largement sous-exploité, en un véritable outil d'aide à la décision pour les collectivités.
La France compte aujourd'hui environ 90 000 caméras de vidéoprotection sur la voie publique, un parc qui a quadruplé en douze ans. Un chiffre impressionnant, mais qui masque une réalité plus modeste : selon un audit mené à Lyon, 90 % des caméras municipales sont regardées moins de quatre jours et dix heures cumulées par an, pour une durée médiane de visionnage de 19 heures 51 par caméra et par an. En pleine saturation estivale sachant que 80 % de l'activité touristique se concentre sur seulement 20 % du territoire, Wiktor Bourée, CEO de la start-up Technis, n'hésite pas à parler de « gâchis stratégique ».
Sa proposition : ajouter une couche d'intelligence artificielle et d'analyse algorithmique sur les réseaux de caméras déjà déployés, pour transformer chaque équipement en capteur de flux anonymisé. Comptage d'affluence, cartographie de la densité, mesure des temps de parcours, détection des anomalies de trafic : ces briques permettraient aux services municipaux d'anticiper les engorgements avant qu'ils ne surviennent, plutôt que de réagir dans l'urgence une fois la saturation atteinte.
Plusieurs sites emblématiques ont déjà dû instaurer des quotas de fréquentation par nécessité, 400 visiteurs par jour à la calanque de Sugiton, 6 000 à Porquerolles, 4 700 à Bréhat, preuve que la régulation des flux est déjà une réalité opérationnelle, mais rarement appuyée sur une mesure fine et continue.
Sur le plan économique, cette évolution ne nécessite ni chantier d'envergure ni dépense excessive, puisqu'elle repose sur la valorisation de l'existant, selon Wiktor Bourée.
Sur le plan éthique, Wiktor Bourée insiste sur une rupture nette avec la logique de surveillance classique : le pilotage territorial étudie des mouvements collectifs, non des individus, et les données sont anonymisées directement à la source.
Les bénéfices dépasseraient largement le seul champ de la sécurité publique : pour les commerçants, hôteliers ou restaurateurs, disposer de données objectives sur les pics de fréquentation permettrait d'ajuster effectifs et horaires, et de mieux structurer l'offre touristique. « La donnée devient ainsi un commun territorial », résume le dirigeant, garant à la fois de la qualité de vie des résidents et de la satisfaction des visiteurs.
