
Jeux olympiques Paris 2024 ©Franck Legros
Ancien préfet de la région Île-de-France et ex-délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, Michel Cadot pointe une réalité qui traverse aujourd'hui l'ensemble de l'appareil sécuritaire français : une forme de « tétanisation » des décideurs publics face à la prise de risque.
« Il y a aujourd'hui une forme de tétanisation par rapport à la prise de certains risques », observe Michel Cadot dans un entretien accordé cet été à Acteurs publics. La formule, venant d'un homme qui a piloté la préparation sécuritaire des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, souvent cité en référence pour l'ampleur de la coordination qu'elle a exigée entre police, gendarmerie, armées, sécurité privée et bénévoles mérite qu'on s'y attarde.
Elle décrit un climat où la peur de l'erreur en vient parfois à paralyser la décision elle-même, au moment précis où le pays multiplie les textes appelant à plus de réactivité de la part de tous les maillons de la sécurité.
Ce constat trouve un écho troublant dans l'analyse que livre Robin Gonalons à propos du régime de responsabilité financière des gestionnaires publics (RFGP), réformé au 1er janvier 2023. Ce régime, rappelle-t-il, est souvent mal compris, y compris parmi les décideurs les plus expérimentés : il « ne sanctionne pas les mauvais stratèges, mais les décisions irrégulières ».
Une nuance juridique essentielle mais qui, mal comprise ou mal expliquée, peut nourrir une prudence excessive et une forme de paralysie décisionnelle en amont même d'un événement à risque, qu'il s'agisse d'un grand rassemblement, d'une crise sanitaire ou d'un aléa climatique.
Thomas Perroud, professeur de droit public à l'université Paris-Panthéon-Assas, apporte un troisième éclairage, complémentaire : ses travaux sur les « services publics et communs » interrogent la capacité de l'État français à expérimenter et à innover collectivement, plutôt que de vouloir tout contrôler d'en haut.
Transposée au champ de la sécurité, cette culture du contrôle vertical peut, elle aussi, freiner l'initiative locale, celle des préfets, des maires ou des responsables sûreté d'entreprise au moment précis où l'urgence appellerait une décision rapide.
À l'heure où la loi RIPOST, l'actualisation de la LPM et la réforme annoncée de la sécurité civile appellent toutes, chacune à leur manière, à plus de réactivité et de responsabilisation de l'ensemble des acteurs du continuum de sécurité, cette « tétanisation » documentée par un praticien aussi expérimenté que Michel Cadot mérite d'être prise au sérieux au risque, sinon, de voir les textes les plus ambitieux buter sur des décideurs trop prudents pour les appliquer pleinement.
Un continuum de sécurité efficace suppose en effet des acteurs de terrain en capacité d'agir et de décider vite, en confiance. La vraie question posée par ces trois regards croisés n'est donc pas seulement juridique ou budgétaire : elle est culturelle.
