
Crédit : Petr Kovalenkov
Le décret n° 2026-950 du 13 octobre 2026 crée une nouvelle structure administrative : la délégation à la prévention de la délinquance, de la radicalisation, de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, désignée sous le sigle VigiRep. Le texte entre en vigueur le lendemain de sa publication au Journal officiel.
Pour comprendre la réforme, il faut revenir aux origines. La politique interministérielle de prévention de la délinquance existe depuis 2006. Elle est pilotée par un comité interministériel créé par décret du 17 janvier 2006, dont le champ s'est ensuite étendu à la radicalisation (CIPDR). Jusqu'ici, un secrétariat général (SG-CIPDR) en assurait la mise en œuvre. Le gouvernement avait annoncé vouloir le remplacer par une délégation interministérielle : c'est désormais chose faite.
Le décret rattache VigiRep au ministre de l'Intérieur. La délégation est dirigée par un délégué interministériel, placé auprès du ministre et assisté d'un secrétaire général nommé par arrêté. Le comité interministériel, présidé par le Premier ministre, est maintenu. C'est désormais le délégué qui exerce les fonctions de secrétaire général du CIPDR : il prépare les travaux et les délibérations du comité, ainsi que le rapport remis au Parlement.
Le texte réécrit l'article D. 132-3 du code de la sécurité intérieure et confie cinq missions au délégué :
- élaborer, coordonner et animer de façon cohérente les politiques de prévention de la délinquance, de la radicalisation, de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires ;
- veiller à la bonne prise en charge des mineurs de retour de zones d'opérations de groupements terroristes ;
- impulser la communication, la formation, la recherche et l'évaluation dans ces domaines ;
- coordonner la communication en faveur des valeurs de la République ;
- assurer la cohérence des positions françaises dans les instances européennes et internationales.
Côté organisation, la délégation compte trois pôles :
- Prévention de la délinquance,
- Prévention de la radicalisation
- Mobilisation républicaine.
Elle dispose aussi d'un secrétariat général adjoint chargé des affaires transversales, des ressources et des sécurités, et réunit une cinquantaine d'agents.
Le décret prévoit que ses personnels peuvent être détachés ou mis à disposition par les ministères membres du CIPDR et par des établissements publics. Les agents de l'ancien secrétariat général rejoignent automatiquement VigiRep, dans les mêmes conditions, dès sa création. La gestion administrative et budgétaire relève du ministère de l'Intérieur.
Principale nouveauté symbolique : la lutte contre les dérives sectaires figure désormais dans l'intitulé même de la structure. Le décret confirme que la Miviludes est rattachée à VigiRep, qui en assure la présidence. Un second décret du même jour précise les missions de la Miviludes, en application de la loi du 10 mai 2024. Ce rapprochement répond à une préoccupation croissante : les dérives sectaires prennent des formes nouvelles et s'appuient notamment sur internet et les réseaux sociaux.
Les leviers d'action restent les mêmes. Le délégué reprend dans le code les attributions de l'ancien secrétaire général, notamment la répartition entre départements des crédits du Fonds interministériel de prévention de la délinquance. Ce fonds représente près de 50 millions d'euros par an, dont plus de 95 % sont délégués aux préfectures pour financer les projets des collectivités et des associations.
