
Science des données et technologie du big data ©NicoElNino
Il aura suffi d'une semaine pour que deux dossiers distincts dessinent le même constat : l'appareil de défense américain peine à colmater ses brèches, qu'elles soient logistiques ou algorithmiques.
Premier volet, révélé par Politico : des pièces classifiées destinées aux chasseurs furtifs F-35 se sont volatilisées en transit vers Hong Kong. Leur trace s'arrête net, et avec elle toute certitude sur leur destination finale. L'hypothèse qui inquiète le plus les autorités américaines n'est pas celle d'une simple perte logistique, mais celle d'une interception organisée : que des composants parmi les plus sensibles de l'aviation de combat américaine aient pu tomber entre les mains des services chinois. Le Congrès a jugé l'affaire suffisamment grave pour ouvrir une enquête. Du côté de Canberra, point de départ présumé de l'envoi, on se veut rassurant : les stocks australiens liés au programme F-35 auraient été correctement sécurisés, suggérant que la faille se situerait ailleurs dans la chaîne.
Reste une question que ni Washington ni Canberra ne semblent en mesure de trancher à ce stade : à quel maillon exact la rupture s'est-elle produite, et depuis combien de temps ?
Le second dossier, documenté par CNN, déplace le problème du matériel vers la donnée. Cette année, l'armée américaine s'est apprêtée à intercepter un navire chinois au Moyen-Orient, convaincue qu'il acheminait vers l'Iran des composants liés au nucléaire militaire. Le renseignement à l'origine de cette conviction avait été généré avec l'appui d'une intelligence artificielle. Il était faux. Selon les sources de CNN, l'épisode a frôlé l'incident diplomatique majeur, certains évoquant un scénario qui « a failli déclencher une guerre ».
L'affaire éclaire un angle mort trop souvent négligé dans le débat sur l'IA militaire : le risque n'est plus seulement celui d'une machine qui échoue à détecter une menace réelle, mais celui d'une machine qui en invente une qui n'existe pas — avec, à la clé, une décision opérationnelle prise dans l'urgence sur la foi d'une donnée erronée.
La coïncidence de calendrier ajoute au trouble. Quelques jours à peine après cet épisode, Donald Trump annonçait la création d'une « Force IA » au sein du Pentagone, censée justement accélérer l'intégration de l'intelligence artificielle dans les opérations de défense.
