Sabotage, espionnage, vols : l'industrie de défense française sous pression

Publié le 28 septembre 2026 par Oriane Bussard

Un avion de combat Rafale Dassault ©Strikernia

Un Rafale en construction a été dégradé à deux reprises. Pour l'industrie de défense française, l'alerte n'est plus théorique. Dassault Aviation a porté plainte après ces actes commis sur la chaîne d'assemblage de Cergy (Val-d'Oise), entre la fin de 2025 et juin 2026. Un collaborateur a été interpellé. À ce stade, les enquêteurs penchent pour un différend interne et non pour une opération commanditée de l'étranger.

Le site avait pourtant déjà été visé. En février 2026, lors d'une affaire distincte, un intérimaire avait été arrêté sur la ligne du Rafale alors qu'il portait des lunettes équipées d'une caméra. Deux épisodes sans lien apparent montrent la même faille : la menace peut venir de l'intérieur de l'usine.

Ce contexte explique la réaction de l'Élysée. Le 18 septembre, Emmanuel Macron a demandé un plan de protection des sites sensibles de la base industrielle et technologique de défense (BITD). Il vise explicitement les « attaques hybrides » que la Russie pourrait mener contre eux.

Les affaires récentes se multiplient. À Jarrie (Isère), Framatome produit de l'hafnium, un métal indispensable aux réacteurs de la propulsion nucléaire. Un salarié y a été mis en examen après la disparition de fûts de ce métal. Environ 150 kg ont été retrouvés à son domicile, et le mobile retenu serait l'appât du gain. Près de Toulouse, un ressortissant biélorusse est poursuivi pour avoir filmé un drone du constructeur Delair, qui fournit l'Ukraine, et envoyé les images en Russie. Peu après, deux Chinois qui faisaient voler un drone au-dessus de Blagnac ont été relâchés, faute d'éléments suffisants.

L'épisode le plus grave reste celui du Cher. Dans la nuit du 6 au 7 avril, des incendies coordonnés ont frappé des installations électriques proches de Bourges qui alimentent notamment KNDS France et MBDA. Les dégâts se chiffrent en millions d'euros. Le parquet de Paris s'est saisi du dossier et l'enquête a été confiée à la sous-direction antiterroriste (SDAT).

La France n'est pas un cas isolé. En 2026, au moins sept incidents sérieux ont touché l'industrie de défense européenne : Milrem Robotics en Estonie, WB Electronics en Pologne, Rohde & Schwarz en Allemagne, KNDS Ammo Italy à Colleferro. En Bulgarie, le fabricant de munitions EMCO a subi deux incendies en l'espace d'un mois. Son propriétaire, Emilian Gebrev, a déjà échappé à deux empoisonnements attribués aux services russes.

C'est tout l'intérêt de la guerre hybride pour l'agresseur. Elle sème le doute, fait grimper les coûts de sécurité et freine les cadences de production, souvent sans laisser de trace exploitable. La Lituanie a officiellement imputé au renseignement militaire russe (GRU) un projet d'incendie comparable. Il faut toutefois rester prudent : chaque affaire a son propre niveau de preuve, et tout ne relève pas d'une main étrangère.

Le sujet ne concerne pas seulement les grands groupes. Les ETI, les PME et les TPE sous-traitantes sont souvent les maillons les moins protégés de la chaîne. Des solutions existent pourtant et elles sont accessibles. La Gendarmerie nationale propose par exemple aux entreprises des audits de sûreté et de cybersécurité qui débouchent sur des recommandations concrètes.

Protéger la BITD ne se limite plus à clôturer des usines. Il s'agit de protéger les salariés, le savoir-faire, les données, l'énergie, les sous-traitants et, au bout du compte, la souveraineté économique du pays.

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