
Crédit : Viola Dolas
En signant une convention avec la mission interministérielle, la Conférence des évêques de France rejoint les protestants et les instituts religieux dans un dispositif commun de vigilance face aux emprises.
C'est désormais au tour de l'épiscopat. Le 6 octobre, la Conférence des évêques de France (CEF) a paraphé une convention avec la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Elle emboîte ainsi le pas à la Fédération protestante de France, signataire d'un accord comparable en novembre 2025, puis à la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), qui avait franchi le pas en juillet.
Le texte repose sur quatre axes. Les deux parties s'engagent d'abord à partager les informations utiles lorsqu'un groupe ou une personne suscite des inquiétudes. Elles conviennent ensuite d'analyser ensemble les facteurs de risque qui favorisent l'emprise : isolement des fidèles, autorité spirituelle sans contre-pouvoir, rupture avec les proches ou pressions financières. La convention prévoit enfin des actions de sensibilisation et un renforcement de la formation, à destination notamment de celles et ceux qui exercent des responsabilités pastorales ou accompagnent des communautés.
L'enjeu est loin d'être marginal. Dans son dernier rapport, la Miviludes relève que 35 % des signalements et demandes d'information qu'elle a traités entre 2022 et 2024 portaient sur le domaine des cultes et de la spiritualité. Une proportion qui fait de ce champ l'un des tout premiers terrains d'intervention de la mission.
Pour l'Église catholique, la démarche s'inscrit dans un mouvement plus large de remise en question. Depuis la publication, en 2021, du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église, l'institution a été conduite à reconnaître que des mécanismes d'emprise avaient pu prospérer en son sein, y compris dans certaines communautés. Coopérer avec un organisme public spécialisé lui permet de s'appuyer sur un regard extérieur et sur une expertise éprouvée en matière de détection.
Pour la Miviludes, ces conventions successives traduisent une méthode : associer les grandes institutions religieuses à la prévention plutôt que de les tenir à distance. L'objectif est de repérer plus tôt les situations à risque et de mieux orienter les victimes, sans porter de jugement sur les croyances elles-mêmes : la mission s'attache aux comportements, non aux convictions.
Ces partenariats interviennent dans un cadre juridique renforcé depuis la loi du 10 mai 2024, qui a doté les pouvoirs publics de nouveaux outils pénaux contre l'assujettissement psychologique.
