« Renforcer nos souverainetés, car c'est garantir notre liberté d'action », déclare le Directeur Général de la Gendarmerie Nationale, lors de son allocution d'ouverture du Colloque MBA AMGN
A l’occasion du colloque du MBA de l’Académie Militaire de la Gendarmerie Nationale (AMGN), organisé le 3 février 2026 à l’École militaire, le directeur général de la Gendarmerie nationale, le Général Bonneau, en allocution d’ouverture, a livré une analyse stratégique des menaces contemporaines pesant sur la souveraineté des États.
Il a décrit un environnement marqué par la montée des menaces hybrides, dans lequel des acteurs étatiques et non étatiques privilégient des actions indirectes, situées « sous le seuil » du conflit armé, afin de neutraliser l’action publique sans recourir à la force militaire classique.
Selon lui, ces stratégies combinent cyberattaques, manipulations informationnelles et pressions sur les chaînes d’approvisionnement, dans le but d’éroder progressivement la cohésion nationale et la capacité de décision politique. La souveraineté est ainsi fragilisée par des vecteurs à la fois matériels et immatériels, touchant trois champs prioritaires : le numérique, la technologie et la logistique.
Sur le plan numérique, le Général Bonneau a insisté sur la nécessité de conserver la maîtrise des données, des réseaux et des infrastructures critiques, notamment face à l’essor de l’intelligence artificielle. Celle-ci constitue à la fois une menace, en facilitant la production de malwares et les stratégies d’ingérence, et un levier indispensable pour renforcer la capacité de détection et d’anticipation des attaques.
La souveraineté technologique suppose, quant à elle, une maîtrise durable des composants clés – cloud, capteurs, réseaux et électronique – afin de limiter les dépendances vis-à-vis d’acteurs étrangers. Dans un contexte international instable, la rupture brutale de partenariats industriels pourrait compromettre l’autonomie stratégique française.
Enfin, la souveraineté logistique repose sur la résilience des chaînes de production et d’approvisionnement. Les crises récentes ont mis en évidence la vulnérabilité des flux stratégiques, rendant nécessaire une réflexion approfondie sur l’économie de guerre et la disponibilité des équipements et des munitions.
Face à ces défis, le directeur général de la gendarmerie nationale a plaidé pour une priorité donnée au renforcement capacitaire par la technologie plutôt qu’à l’augmentation des effectifs. Le contrôle des flux – notamment dans les ports, les aéroports, avec une attention toute particulière dans les territoires ultramarins – est présenté comme un axe central de la protection nationale. La gendarmerie y joue un rôle structurant.
Il a également mis en avant le modèle français du continuum sécurité-défense, fondé sur la coopération entre élus, forces de sécurité intérieure et armées, en temps de paix comme en période de crise. La cohésion nationale et les « forces morales » de la population sont, selon lui, des facteurs déterminants de l’efficacité opérationnelle.
Les réservistes constituent enfin un pilier de cette architecture, apportant des compétences issues du monde civil et traduisant une mobilisation citoyenne croissante. Malgré la multiplicité des menaces – criminalité organisée, ingérences étrangères, violences politiques – la France dispose d’atouts solides : une base industrielle de défense structurée, une excellence scientifique reconnue et un écosystème innovant de PME et de start-ups.
En conclusion, le général a appelé à une posture proactive, collective et standardisée pour réduire les vulnérabilités, sécuriser les interdépendances critiques et préserver la liberté d’action nationale.
