
Salle de classe avec pupitres et tableau noir ©maroke
Le mouvement est parti le 21 septembre du lycée Saint-Exupéry de Créteil. En quelques jours, il a obligé l'État à organiser dans l'urgence une réponse de sécurité. Celle-ci repose sur trois volets : prévenir, contenir et protéger les établissements, et laisser une place au dialogue.
Le cadre a été fixé dès le 26 septembre par une circulaire commune des ministères de l'Intérieur et de l'Éducation nationale. Le texte précise quand et comment les forces de l'ordre peuvent intervenir aux abords des lycées. Il prévoit aussi que les chefs d'établissement, les rectorats et les préfectures s'organisent ensemble pour signaler les menaces et décider des interventions. Concrètement, policiers et gendarmes doivent tenir à distance les groupes violents tout en laissant entrer les élèves qui veulent suivre les cours. Les préfets, eux, décident des restrictions locales. Pour ce vendredi 2 octobre, ils ont interdit tout rassemblement autour d'environ 400 établissements fermés. Le but est d'éviter que les abords des lycées ne deviennent des points de fixation.
Sur le terrain, l'Éducation nationale fait aussi appel à des équipes de sécurité qui lui sont propres. Les équipes mobiles de sécurité académiques, créées en 2009, interviennent dans les établissements en crise. Elles soutiennent les équipes de direction, analysent les tensions et font le lien avec la police et la gendarmerie. En Île-de-France, la région s'appuie sur ses brigades régionales de sécurité. Leurs agents, qui se présentent d'abord comme des médiateurs, ont pour mission de parler avec les lycéens et de faire baisser la tension autour des bâtiments. Dans plusieurs villes, des enseignants ont eux-mêmes formé des chaînes humaines pour protéger leurs élèves.
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a ajouté deux mesures. D'une part, les cours doivent être assurés à distance quand un blocus ou des dégradations empêchent d'accueillir les élèves en sécurité. D'autre part, une plateforme de concertation permet aux lycéens de déposer leurs revendications. Les organisations lycéennes et étudiantes devaient être reçues ce vendredi. Le ministre insiste sur une distinction : revendiquer est un droit, frapper ou incendier ne l'est pas.
Ces dispositifs ont pourtant été débordés le 1er octobre. Les autorités ont recensé environ 900 actions dans tout le pays, 1 949 interpellations et 305 policiers et gendarmes blessés. L'AFP fait état de 235 blessés dans les établissements : 160 élèves et 65 personnels. Plusieurs proviseurs ont été visés par des mortiers d'artifice ou des pétards, à Clermont-Ferrand, dans le Pas-de-Calais et dans la Loire. À Marseille, des agents ont été aspergés d'essence. Laurent Nuñez parle d'une « violence débridée ». Matignon accuse LFI et l'ultragauche d'orchestrer le mouvement, ce que Manuel Bompard qualifie de « complotisme ». La pression s'exerce aussi sur la police : l'IGPN a ouvert des enquêtes sur des blessures de lycéens, notamment à Tours, attribuées à des tirs de LBD. Les syndicats lycéens jugent ces méthodes disproportionnées.
Les autorités doivent séparer les casseurs organisés des jeunes mobilisés pour leurs conditions d'études : classes surchargées, professeurs non remplacés, bâtiments dégradés. C'est là que tout se jouera avant l'« acte II » prévu le 6 octobre, auquel s'associe l'Union étudiante.
Reste une piste encore peu explorée : la sécurité privée. Le Code de la sécurité intérieure ne lui donne aucun pouvoir de maintien de l'ordre et limite fortement sa présence sur la voie publique. Elle pourrait toutefois assurer, pour le compte des régions, le contrôle des accès, la surveillance nocturne contre les incendies et la protection des proviseurs. Policiers et gendarmes seraient alors libérés pour d'autres missions, à condition que ces agents soient formés au contact avec des mineurs et contrôlés par le CNAPS.
