Romain Fortier - Opération de produits stupéfiants dans le centre hospitalier

Publié le 2 septembre 2026 par Oriane Bussard

Photo : opération de produits stupéfiants dans le centre hospitalier ©Romain Fortier

Rédigée par Oriane Bussard

Le 22 juillet, le Centre hospitalier de l’Estran, en partenariat avec la gendarmerie et une équipe cynophile spécialisée, a mené une opération de recherche de produits stupéfiants. Romain Fortier, responsable des services accueil, logistique, prévention incendie et sûreté, en explique les enjeux.

Quel était l’objectif de cette opération ?

Cette opération poursuivait avant tout un objectif de prévention et de protection afin de préserver la sécurité des patients et des professionnels, mais également éviter que la circulation ou la consommation de stupéfiants ne perturbe les soins. Elle répondait à plusieurs signaux relevés sur le terrain dans des secteurs identifiés. Nous avons donc privilégié une action ciblée, limitée dans le temps et encadrée, et non un contrôle généralisé de l’établissement.

L’hôpital n’a pas vocation à criminaliser les conduites addictives, qui relèvent d’abord d’un enjeu de santé. En revanche, il ne peut pas ignorer la présence de produits illicites dès lors qu’elle peut mettre en danger les personnes, fragiliser une prise en charge ou favoriser des pressions et des trafics au sein des unités.

Comment s’est déroulée cette opération en coordination avec la gendarmerie et l’équipe cynophile ?

C'est une superbe expérience ! L’opération a été préparée en amont avec la gendarmerie, dans le cadre d’une réquisition judiciaire. Les responsabilités étaient clairement réparties, les actes de police judiciaire relevaient exclusivement des militaires, tandis que l’établissement assurait leur accompagnement, la sécurisation des déplacements et la continuité des soins.

L’équipe cynophile est intervenue dans plusieurs secteurs. Il y a eu des découvertes avec des réponses judiciaires adaptées. Aucun autre produit en quantité significative n’a été découvert.

Il faut rappeler qu’une indication donnée par un chien spécialisé constitue un élément d’orientation et non, à elle seule, une preuve. Chaque situation doit être matériellement vérifiée par les forces de l’ordre. L’opération s’est achevée par un débriefing associant l’établissement et la gendarmerie.

Quel constat faites-vous aujourd’hui sur la présence de produits stupéfiants au sein des hôpitaux ? Quels en sont les dangers ?

Il serait imprudent d’affirmer que tous les hôpitaux connaissent une augmentation identique du phénomène, car nous ne disposons pas de données nationales suffisamment précises pour l’établir. En revanche, l’hôpital n’est pas imperméable aux évolutions de la société. Les produits peuvent entrer par différents flux et concerner ponctuellement tous les types d’établissements.

Les risques sont d’abord sanitaires : surdose, interactions avec les traitements, dégradation de l’état clinique ou rupture du parcours de soins. Ils sont également sécuritaires, dettes, pressions, échanges de produits, exploitation de personnes vulnérables, tensions ou violences.

Il faut toutefois éviter un raccourci, consommation ne signifie pas automatiquement violence, pas plus qu’un trouble psychiatrique ne signifie dangerosité. Les personnes concernées sont souvent elles-mêmes vulnérables. Notre rôle est de protéger et de soigner, sans juger ni stigmatiser...

Quelles sont les difficultés que vous pouvez rencontrer dans la sécurisation d’un centre hospitalier ?

Un centre hospitalier est un établissement ouvert, vivant jour et nuit, qui accueille des patients, des proches, des professionnels, des prestataires et de nombreux flux logistiques. Il faut sécuriser cet environnement sans le transformer en forteresse, ni entraver l’accès aux soins. Nous devons absolument laisser ce lieu ouvert à tous.

La principale difficulté consiste donc à trouver le bon équilibre entre liberté d’aller et venir, confidentialité, qualité de l’accueil, continuité des soins et protection des personnes. À cela s’ajoutent la diversité des bâtiments, la multiplicité des accès et l’évolution permanente des risques.

La sûreté hospitalière ne peut pas reposer uniquement sur des caméras, des contrôles d’accès ou des agents. Elle repose d’abord sur une culture partagée, détection des signaux faibles, circulation de l’information et de sa protection, procédures connues, responsabilités clairement définies et coordination avec les partenaires institutionnels.

Comment prévenir ces risques sans porter atteinte à la dignité des patients, au secret médical ou à la qualité de leur prise en charge ?

La réponse doit respecter plusieurs principes : légalité, nécessité, proportionnalité, confidentialité et traçabilité. Une action de sécurité doit être fondée sur des éléments objectifs, ciblés et limités à ce qui est strictement nécessaire.

Les rôles doivent rester distincts, les soignants assurent la prise en charge, les professionnels de la sûreté protègent l’environnement et les forces de l’ordre interviennent dans le cadre de leurs prérogatives. Les informations médicales demeurent protégées et aucune donnée individuelle n’a vocation à être rendue publique.

Il faut également éviter les contrôles indifférenciés ou humiliants. Le patient reste avant tout une personne accueillie pour être soignée, même lorsqu’une infraction est suspectée. La sécurité et la dignité ne sont pas des objectifs opposés, une sécurité bien conçue contribue précisément à garantir des soins sereins et respectueux.

Comment les personnels hospitaliers sont-ils préparés à gérer ce type de situation ?

Nous ne demandons pas aux professionnels hospitaliers de se substituer aux forces de l’ordre. Ils doivent savoir repérer une situation inhabituelle, transmettre une information fiable, alerter rapidement, protéger les personnes et éviter toute initiative susceptible d’aggraver la situation.

La préparation repose sur des consignes opérationnelles simples, des briefings, des exercices, des mises en situation et des échanges réguliers avec les Forces de l’Ordre. Les équipes sont également sensibilisées à la désescalade, au respect des droits des patients et à la préservation d’une zone ou d’un objet découvert, sans manipulation. La formation doit rester très concrète. Une procédure doit être synthétique pour être lue et comprise et n’est véritablement utile que si chacun sait quoi faire, qui prévenir et jusqu’où va son rôle lorsqu’un événement survient.

Qu’est-ce que cette opération vous apprend sur les enjeux de sécurité dans un établissement de santé ?

Elle confirme que la sûreté est une fonction directement au service du soin. Un problème lié aux stupéfiants est à la fois sanitaire, social, sécuritaire et judiciaire, aucun acteur ne peut le traiter seul.

Elle montre également que l’innovation en sûreté hospitalière n’est pas uniquement technologique. Elle réside dans la capacité à analyser les signaux, partager une évaluation, mobiliser rapidement l’expertise adaptée et conduire une action ciblée, proportionnée et évaluée.

La maturité d’un établissement ne se mesure pas au nombre de contrôles réalisés, mais à sa capacité à anticiper, à coopérer et à intervenir efficacement tout en préservant les droits des patients. Cette opération illustre pleinement l’importance du continuum entre l’hôpital et les forces de sécurité.

Retrouvez Romain Fortier dans "C'est votre histoire : retour sur l'exercice de crise au Centre hospitalier de l'Estran ICI

Retrouvez Romain Fortier dans "Security book : « La sûreté à l’hôpital » de Romain Fortier" ICI

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