
La Poste face aux incendies en Gironde
Après les incendies qui ont ravagé la Gironde et les Landes cet été, Stéphanie Trigodet, directrice interrégionale Sécurité et Prévention des Incivilités Grand Sud-Ouest du groupe La Poste, revient sur la gestion de cette crise inédite, de la protection des collaborateurs à la continuité du service postal, en passant par les enseignements à en tirer.
- Quand et comment avez-vous été alertée du départ des feux en Gironde et dans les Landes, et quelles ont été les toutes premières mesures que vous avez déclenchées pour La Poste dans les zones menacées, évacuation et/ou fermeture de sites, sécurisation des tournées, mise à l'abri des collaborateurs ?
Les premiers impacts ont été signalés les 21 et 22 juillet 2026 et la situation s’est aggravée à partir du 23 juillet en Gironde et dans les Landes, avec les évacuations préfectorales et les restrictions de circulation.
La Poste a activé très rapidement ses cellules de crise locales et nationales. Les premières mesures ont été la fermeture de sites, la suspension de tournées, la sécurisation des bâtiments et des flux, ainsi que la mise à l’abri et le relogement des collaborateurs. Le 27 juillet, 22 bureaux de poste et 10 plateformes de distribution étaient fermés temporairement, tandis que près de 250 000 habitants et 936 postiers étaient évacués et relogés loin de leurs domicile ou lieu de travail (dont certains jusqu’à 4 fois de leurs lieux de repli successifs)
- Comment avez-vous géré la continuité du service postal, distribution du courrier, des colis, présence des bureaux de poste dans les communes évacuées ou coupées en Gironde comme dans les Landes, et quels arbitrages avez-vous dû faire entre maintenir la mission de service public et garantir la sécurité de vos équipes ?
Les plans de continuité d’activité des branches et filiales ont été immédiatement mis en œuvre, facilitant la continuité des activités. Ainsi, la Plateforme Industrielle Courrier de Cestas qui dessert 10 départements ayant été fermée, le schéma logistique des flux a été rapidement adapté. Dans les zones évacuées ou inaccessibles, les tournées ont été suspendues et les objets postaux conservés de façon sécurisée. Des sites tertiaires très sensibles pour la Poste, ou compte tenu de l’activité qu’ils portent, ont fait l’objet d’une attention particulière (comme l’activité de back office bancaire) Au-delà des sites fermés, les conditions de relogement des collaborateurs ou l’incidence des évacuations sur leur vie personnelle et familiale ont également impacté l’activité d’autres sites en fonctionnement. Tout au long de la crise , l’arbitrage a été constant : la sécurité des équipes conditionnait la continuité et la reprise de l’activité.
- Quels dispositifs concrets avez-vous mis en place pour protéger la santé et la sécurité des facteurs et des agents sur le terrain dans les deux départements, exposition à la fumée, chaleur, routes fermées, stress et comment avez-vous assuré le suivi humain de ceux qui ont dû évacuer leur propre domicile tout en travaillant ?
Les mesures SST ont été définies en application des consignes des autorités sanitaires. Des risques particuliers liés aux fumées, aux particules fines ou à la chaleur ont été intégrés.
Face à ces risques, diverses mesures ont été déployées, comme la suspension des activités exposées, la limitation des déplacements, le télétravail ou délocalisation lorsque cela était possible. De même, un suivi de la qualité de l’air, des contrôles de ventilations et le nettoyage des locaux ont été organisés. Enfin, des masques FFP2 ont été mis à disposition des collaborateurs dans les zones fortement exposées (livrés en quelques heures depuis un stock national).
Par ailleurs, un soutien psychologique était disponible 24 heures sur 24 et 7 J/7 , de même que des dispositifs d’aide sociale et une aide au logement.
L’effort accompli par les managers, RH et Assistantes sociaux pour l’accompagnement des collaborateurs concernés et l’aide à la reprise du travail a été unanimement salué par les intéressés, notamment par les postiers que j’ai pu rencontrer lors d’un déplacement dans les Landes et en Gironde avec Philippe Bertrand, le Directeur Sécurité Globale groupe en aout dernier.
- Qu'est-ce qui a rendu cette crise particulièrement complexe à piloter, avec deux départements touchés simultanément l'ampleur du territoire, la coordination avec les services de l'État et les collectivités de Gironde et des Landes, la durée de l'événement, ou autre chose ? Y a-t-il eu des différences notables dans la gestion entre les deux territoires ?
Cette crise a été inédite, tant dans son ampleur, sa traduction ou ses impacts (évacuation de ville entière, départ rapide, parfois de nuit, de collaborateurs, fermeture non anticipée de sites, choc émotionnel important …).
La coordination entre les différents acteurs internes a été déterminante. De même, l’organisation des cellules de crise à différents niveaux, à savoir locales et nationales a permis d’assurer la continuité des missions essentielles du Groupe dans cette vaste région ainsi qu’une reprise des activités très rapide et opérante.
- Quels sont les principaux enseignements que vous en tirez, et quels changements concrets organisationnels, matériels, procédures d'alerte, plan de continuité d’activité… comptez-vous mettre en œuvre pour mieux anticiper un épisode similaire à l'avenir ?
Les principaux enseignements sont :
- Disposer d’une information partagée en temps réel (national / local)
- Retravailler nos plans de continuité d’activité
- Disposer d’un process de gestion de crise organisée, structurée et coordonnée
- Être attentif à l’accompagnement social et psychologique des collaborateurs dans un cadre pluridisciplinaire
La Poste s’est adaptée rapidement et a su maintenir la continuité d’activité pour ses clients tout en veillant à prioriser la santé et la sécurité des équipes.

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