Regis Dubrulle - Délégué régional sécurité numérique Pays de la Loire chez ANSSI [CYBERMOIS]

Publié le 26 octobre 2026 par Oriane Bussard

Portrait de Régis Dubrulle

Dans le cadre du Cybermois, Regis Dubrulle, Délégué régional sécurité numérique Pays de la Loire chez ANSSI nous accorde une interview la situation cyber au sein de cette région.

. Qu’est-ce qui a le plus changé dans les cybermenaces auxquelles vous êtes confronté sur le terrain ces dernières années ?

Ces dernières années, l’état de la menace numérique reste marqué par trois grandes catégories : la cybercriminalité (à but lucratif), l’espionnage (économique ou stratégique) et les menaces étatiques, amplifiées par le contexte géopolitique. Le niveau global de la menace reste très élevé, sans signe de décroissance.

Le phénomène, bien que non nouveau, qui a cependant pris une ampleur inédite ces derniers mois est celui de l’explosion des exfiltrations de données. Les attaquants ciblent désormais massivement les données, sans forcément bloquer les systèmes (contrairement aux ransomwares classiques). Leur objectif ? Monétiser ces informations, souvent en les revendant sur le dark web. Ces données alimentent ensuite des cyberarnaques ultra-personnalisées, exploitant des informations volées pour maximiser leur impact (ex. : usurpation d’identité, phishing ciblé).

· Dans les Pays de la Loire, quels sont les secteurs ou types d’organisations qui vous semblent aujourd’hui les plus exposés aux cyberattaques ?

Les Pays de la Loire ne présentent pas de spécificité régionale par rapport aux tendances nationales en matière de ciblage. En matière de cybercriminalité, tous les secteurs ou tous types de structures sont concernés, sans distinction notable.

· Les collectivités territoriales : Souvent moins équipées en ressources humaines et techniques, elles constituent des cibles faciles pour les cybercriminels (ex. : ransomware, vol de données sensibles).

· Les entreprises, des TPE aux ETI :

  • Les TPE/PME sont particulièrement vulnérables en raison de leur manque de maturité cybersécurité (absence de système de détection, sensibilisation insuffisante, etc.).
  • Les ETI, en revanche, disposent généralement de moyens plus robustes (détection précoce, plans de réponse aux incidents) et parviennent souvent à neutraliser les attaques avant qu’elles ne causent des dégâts majeurs.

· Les associations : leur exposition croissante s’explique par leur accès à des données sensibles (ex. : données personnelles) et leur manque de protection adaptée.

A l’exception de quelques secteurs dans lesquels les entités sont plus matures (par exemple le secteur bancaire), la vulnérabilité ne dépend pas tant du secteur que du niveau de préparation. Les organisations moins armées et préparées (qu’elles soient publiques ou privées) sont statistiquement plus touchées, car elles peinent à détecter et contrer les attaques en amont.

· L’académie de Nantes a été touchée par une cyberattaque en juillet 2026. Comment l’ANSSI Pays de la Loire est-elle intervenue aux côtés de l’académie pour gérer cette crise et quelles leçons en avez-vous tirées ?

Je ne vais pas commenter de cas spécifique, ce n’est pas notre rôle. Mais d’une manière générale, lorsqu’une cyberattaque survient, il y a des premiers gestes à réaliser et l’entrainement est essentiel.

L’ANSSI propose trois guides complémentaires afin d’appréhender pas à pas la gestion de crise cyber afin de faciliter la prise de décision lorsque l’attaque est détectée.

· Lorsqu’une attaque est détectée, quelles sont les premières erreurs à éviter absolument dans les premières heures ?

  1. Vouloir maintenir ou rétablir la production à tout prix

C’est une erreur courante : Les responsables, soucieux de limiter les perturbations opérationnelles ou financières, tentent de maintenir l’activité ou de relancer rapidement les systèmes sans prendre le temps d’analyser la situation.

Hors, laisser la connexion internet active, c’est offrir à l’attaquant un accès continu pour exfiltrer des données, déployer des malwares ou étendre son emprise sur le réseau. Relancer le système d’information sans investigation et donc sans connaitre les vulnérabilités ou les backdoors (portes dérobées) utilisées et non-corrigées, c’est permettre à l’attaquant de revenir et causer des dégâts potentiellement bien plus importants (ex. : chiffrement des sauvegardes, destruction de données).

  1. Minimiser l’attaque et négliger son impact global

Sous-estimer la gravité de l’attaque ou se contenter d’une analyse partielle de ses conséquences est également une erreur fréquente :

Dans un monde interconnecté (ex. : chaîne de sous-traitance, partenaires, clients), un attaquant cherchera à rebondir sur d’autres systèmes. Une victime qui ne signale pas l’incident expose ses partenaires à des risques majeurs.

Il y a également des règlementations qui obligent les entités à déclarer leurs incidents cyber : le RGPD pour les données personnelles, le Cyber Résilient Act pour les objets et Services connectées, etc.

Une attaque cyber ne concerne pas seulement la victime initiale. Minimiser ou cacher une attaque, c’est prendre le risque de créer une réaction en chaîne de compromissions.

  1. Éteindre le matériel compromis au lieu de le déconnecter

Éteindre les machines infectées pour "tout arrêter" c’est effacé des traces des attaquants. Cela va compliquer la phase d’investigation. C’est souvent inefficace car l’attaquant a généralement laissé des mécanismes de persistance (ex. : tâches planifiées, malwares résidents) qui survivront à un redémarrage.

Par contre, il faut déconnecter immédiatement les systèmes compromis du réseau (sans les éteindre).

A noter, qu’une cyberassurance, si elle est souscrite par l’organisation, lui permettra d’être accompagner et éviter ses erreurs et bien d’autres

· Dans quelle dynamique voulez-vous continuer à accompagner les organisations face à l’effervescence des cyberattaques ?

La France s’appuie sur une Stratégie nationale cyber pour devenir une Nation cyber de premier rang. Dans les Pays de la Loire, cette stratégie est opérationnalisée par les préfectures autour de trois axes majeurs :

  • La résilience des territoires : Sensibilisation, diagnostic, préparation et assistance des acteurs locaux.
  • La structuration de l’écosystème d’accompagnement cyber.
  • La coordination des services de l’État dans les territoires.
  • Renforcer la résilience des territoires.

Sous l’impulsion des préfectures, nous menons un certain nombre d’actions

· Sensibilisation active : Les gendarmes, policiers, services spécialisés et le délégué de l’ANSSI interviennent régulièrement pour former et alerter sur les risques numériques. Ces actions sont souvent menées en partenariat avec les chambres consulaires (CCI) et les associations professionnelles (AMF, FBF, MEDEF, U2P, FVHPA, etc.).

· Organisation des exercices de crise d’origine cyber à destination des collectivités territoriales, des secteurs stratégiques ou économiquement critiques.

· Promotion des dispositifs d’accompagnement (ANSSI, CCI, Région…) et d’assistance :

  • Pays de la Loire Cyber Assistance (0800 100 200) : Un numéro gratuit dédié aux entreprises et collectivités pour un accompagnement immédiat.
  • http://Cybermalveillance.gouv.fr : Plateforme destinée au grand public pour signaler les incidents et accéder à des ressources pédagogiques.
  • 17cyber.gouv.fr : Point de contact avec les forces de l’ordre pour les signalements liés à la cybercriminalité.
  1. Structurer l’écosystème d’accompagnement cyber

Pour fédérer les initiatives locales et nationales, la Préfecture de région et l’ANSSI accompagnent la Région Pays de la Loire dans la mise en place d’un Campus Cyber régional : Cyberlig. Ce que proposera Cyberlig :

  • Promotion des initiatives locales et nationales : Mise en avant des bonnes pratiques, outils et formations pour aider les entreprises et collectivités à se protéger.
  • Services d’intérêt général : Collaboration avec les forces vives de la cybersécurité (experts, prestataires, institutions) pour améliorer la résilience du territoire.
  • Lancement prévu en janvier 2027 : Ce projet s’inscrit dans une démarche collaborative pour créer un pôle d’excellence cyber en Pays de la Loire.

→ Objectif : Consolider l’écosystème unifié où chaque organisation, quelle que soit sa taille, peut bénéficier d’un accompagnement adapté à ses besoins.

  1. Coordonner les services de l’État pour une action unifiée

Pour garantir une réponse cohérente et efficace, des Comités départementaux de sécurité numérique sont organisés dans chaque préfecture. Leur mission est d’identifier les besoins de sensibilisation et d’adapter les actions en fonction des spécificités locales et des menaces émergentes. Ces comités permettent également de coordonner ses initiatives et éviter les redondances et maximiser l’impact des actions menées.

A noter que les agents de ces comités sont amenés à participer à des conférences régulières sont organisées pour tenir les informés des dernières tendances en matière de cybersécurité.

· À l’occasion du Cybermois, quel serait le conseil très concret que vous donneriez à une entreprise ou une collectivité qui veut améliorer sa cybersécurité dès demain ?

Mon conseil le plus concret serait de commencer sans attendre par le Parcours de cybersécurité de l’ANSSI, accessible gratuitement sur le portail MesServicesCyber (https://messervices.cyber.gouv.fr/parcours-securisation ). Ce dispositif a été spécialement conçu pour accompagner toutes les organisations, quel que soit leur niveau de maturité en cybersécurité.

Pour celles qui débutent, il propose 12 mesures essentielles pour poser les bases d’une protection solide : sauvegardes sécurisées, gestion des mots de passe, sensibilisation des équipes, etc. Nous proposons aussi de se faire accompagner gratuitement pour réaliser un « Cyberdépart », une façon simple et efficace de démarrer.

Pour les structures déjà engagées dans une démarche de sécurité, le parcours va plus loin avec jusqu’à 58 mesures pour renforcer leur posture face aux cybermenaces.

L’avantage ? C’est un outil gratuit, progressif et adapté à chaque contexte. En suivant ce parcours, une entreprise ou une collectivité peut agir dès demain pour réduire significativement ses risques.

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