
Le bras de fer était annoncé, il a bel et bien commencé.
Depuis le 8 septembre, huit des neuf organisations syndicales représentatives des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS) ont enclenché un mouvement de grève nationale prévu pour durer six semaines, avec un point d'orgue fixé au 29 septembre à Paris, où une mobilisation d'ampleur est attendue. Un calendrier long, pensé pour peser sur les arbitrages budgétaires à venir plutôt que pour s'épuiser en un coup d'éclat.
Sur le fond, les revendications sont connues et documentées depuis plusieurs mois : les syndicats réclament la création de 21 000 postes de sapeurs-pompiers professionnels, un chiffre censé combler des effectifs jugés insuffisants au regard de la fréquence croissante des interventions.
Ils demandent également une refonte du financement des SDIS, aujourd'hui assumé à 59 % par les départements sur une enveloppe globale de 6 milliards d'euros — un déséquilibre que les collectivités locales dénoncent depuis longtemps, alors que leurs marges budgétaires se resserrent. S'y ajoute une exigence de reconnaissance médicale et statutaire : celle de l'usure professionnelle liée aux horaires atypiques et aux interventions physiquement éprouvantes, ainsi que celle de l'exposition répétée à des substances cancérigènes, notamment lors des feux, un sujet longtemps resté dans l'angle mort du dialogue social.
C'est précisément le jour du lancement de la grève, le 8 septembre, que le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a choisi de présenter aux organisations syndicales son projet de loi de modernisation de la sécurité civile. Un calendrier resserré, puisque l'examen du texte à l'Assemblée nationale doit coïncider avec celui du budget 2027 — une manière, pour l'exécutif, de lier la réforme structurelle à la question, autrement plus sensible, des moyens financiers alloués. Mais à l'issue de cette présentation, les syndicats n'ont pas caché leur déception, estimant n'avoir obtenu « aucune mesure concrète » face à l'urgence qu'ils décrivent sur le terrain.
Ce projet de loi est censé apporter une réponse politique à une crise de moyens que l'été des mégafeux a mise au grand jour, des Landes à l'Aude en passant par la Corse, où les services de secours ont été mis à rude épreuve par des feux plus fréquents, plus intenses et plus difficiles à circonscrire.
D'après les éléments qui circulent sur l'architecture du texte, celui-ci s'organiserait en plusieurs volets.
Un premier bloc, d'une dizaine d'articles, chercherait à clarifier le périmètre des missions confiées à la sécurité civile, pour mieux les faire correspondre aux besoins réels de la population, tout en renforçant le pilotage national des secours d'urgence — l'objectif affiché étant de gagner en lisibilité pour une politique publique aujourd'hui jugée éclatée entre de multiples acteurs.
Un deuxième volet, de taille comparable, s'attaquerait à la gouvernance et aux moyens humains des services d'incendie et de secours, avec l'ambition de moderniser le fonctionnement des SDIS et des établissements publics qui leur sont rattachés.
Un troisième ensemble, plus resserré, traiterait du continuum de sécurité et de la résilience collective face aux risques, en cherchant à impliquer davantage les citoyens eux-mêmes dans la prévention et la réaction aux crises.
Le volet consacré spécifiquement à la lutte contre les feux de forêt — sans doute le plus attendu compte tenu du contexte estival — resterait quant à lui en suspens. Sa rédaction dépendrait des conclusions de la mission parlementaire lancée par le Premier ministre Sébastien Lecornu, ce qui laisse penser que cette partie du texte pourrait encore évoluer sensiblement avant son dépôt définitif.
Reste que ce calage du calendrier législatif sur les débats budgétaires n'a rien d'anodin : c'est bien sur le nerf de la guerre — le financement pérenne des SDIS et la création de postes — que syndicats et gouvernement devront trouver un terrain d'entente.
