Cyberdéfense : Airbus s'installe pour un quart de siècle au cœur des réseaux militaires français

Publié le 24 septembre 2026 par Oriane Bussard

Le logo d'Airbus ©PixelBiss

Par sa filiale spécialisée, le groupe européen a obtenu de la DGA le programme PARACOM. Ce contrat de 25 ans illustre un basculement : dans les armées, la bataille se joue aussi sur les flux de données.

Vingt-cinq ans, c'est plus long que la vie de nombreux systèmes d'armes. Annoncé le 23 septembre, le contrat PARACOM confié par la Direction générale de l'armement à Airbus Cybersecurity SAS lie l'industriel au ministère des Armées et des Anciens combattants jusqu'au milieu du siècle. Le montant n'a pas été rendu public, pas plus que le nombre d'équipements ou le calendrier de livraison. Cette discrétion est habituelle pour les marchés de ce niveau de sensibilité.

Sur le fond, PARACOM concerne un équipement peu connu du grand public mais indispensable : la passerelle de sécurité. Elle agit comme un poste-frontière entre des réseaux qui n'ont pas le même niveau de classification. Une armée moderne fait circuler en permanence des informations vers le haut, vers le bas et entre ses composantes, du « secret » au « non protégé ». Chaque point de passage est une faille possible. La passerelle filtre, contrôle et laisse passer seulement ce qui est autorisé. Pour l'ennemi, c'est le verrou à forcer. Pour l'état-major, c'est la garantie que ses informations restent fiables.

Le programme couvre tout le cycle de vie des équipements : conception, développement, production, puis maintien en condition opérationnelle sur la durée. Les formats sont très variés. On trouvera ces passerelles dans les baies des centres de données, dans des modules autonomes pour les postes de commandement, et dans des versions durcies pour le terrain : frégates, sous-marins, avions, hélicoptères, drones et blindés. À terme, presque tout ce qui communique dans les armées françaises pourrait en être équipé.

Airbus ne part pas de zéro. Depuis 2013, sa filiale fournit déjà des passerelles à l'armée de Terre. PARACOM étend cette expérience à l'ensemble du ministère. « Cette passerelle renforce le bouclier numérique sur lequel s'appuient les forces armées françaises pour remplir leurs missions », résume François Lombard, directeur de l'activité Connected Intelligence d'Airbus Defence and Space.

Ce contrat s'inscrit dans un mouvement de fond. Le cyber est officiellement reconnu comme un champ de conflictualité depuis la création du Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) en 2017. La numérisation du champ de bataille, avec des capteurs, des drones et des systèmes connectés, multiplie les données échangées et donc les portes d'entrée. Les conflits récents, à commencer par l'Ukraine, ont montré qu'une offensive cinétique s'accompagne presque toujours d'attaques contre les réseaux.

Reste l'enjeu de souveraineté. Pour ce type d'équipement, qui touche directement au secret de défense, dépendre d'un fournisseur non européen serait difficile à accepter. En choisissant un industriel installé en France, la DGA fait un choix d'autonomie. Elle prend aussi le pari d'un partenariat long, capable de suivre des menaces qui changent bien plus vite que les cycles d'acquisition.

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