Sécurité économique : la France ouvre ses portes, mais garde la main sur la poignée

Publié le 29 septembre 2026 par Oriane Bussard

Ministère de l'Economie et des Finances à Paris Bercy ©Romain P19

Présentée le 24 septembre par Bercy, la nouvelle doctrine de sécurité économique veut concilier l'accueil des capitaux étrangers et la défense des pépites technologiques nationales. Un équilibre délicat, dans un monde où l'économie est devenue une arme.

La France n'a pas l'intention de fermer ses frontières aux investisseurs, et elle le fait savoir. Pour la septième année d'affilée, l'Hexagone reste en tête des pays européens les plus prisés par les projets internationaux, avec plus de 1 800 implantations recensées en 2025. Ses universités attirent aussi : plus de 330 000 étudiants étrangers y étaient inscrits en 2024, soit 3 % de plus en un an. Au CNRS, six publications sur dix associent au moins un partenaire hors de nos frontières.

Mais ces portes ouvertes ont aussi des failles. Les rivalités entre puissances ne passent plus seulement par la diplomatie ou les armées. Elles se jouent désormais dans les salles de conseil d'administration, les laboratoires et les serveurs informatiques. Racheter une entreprise, s'approprier un brevet ou attirer un chercheur : pour certains États, ce sont devenus des moyens de pression.

Les chiffres montrent que la menace grandit. Environ 800 alertes de sécurité économique sont traitées chaque année depuis 2023, contre à peine 300 en 2020. En 2025, plus de la moitié concernaient des tentatives de rachat ou de prise de participation étrangère dans des sociétés jugées sensibles. Un tiers visaient le pillage de savoir-faire, par l'espionnage, les cyberattaques, des partenariats déséquilibrés ou des procédures judiciaires lancées à l'étranger. S'y ajoutent des manœuvres plus classiques de déstabilisation, comme les vols de matériel ou les campagnes de dénigrement.

Pour faire face, l'État a remis à plat son organisation en 2019. Un décret du 20 mars a créé le Comité de liaison en matière de sécurité économique (COLISE), placé sous l'autorité du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Mais c'est à Bercy que tout converge. Le Service de l'information stratégique et de la sécurité économiques (SISSE) centralise les signalements, notamment ceux de la DGSI et de la DRSD. Il les qualifie, puis suit chaque dossier jusqu'à son terme. Sur le terrain, les préfets de région prennent le relais en réunissant des comités locaux.

Qu'est-ce qu'un actif « stratégique » ? La définition s'est élargie. Au-delà de la défense et de l'ordre public, elle couvre tout ce qui fait la compétitivité et la capacité d'innovation du pays : l'intelligence artificielle, la cybersécurité, la santé, et même certains maillons de l'agroalimentaire.

Pour les protéger, l'État dispose de plusieurs outils :

  • le filtrage des investissements étrangers, avec désormais 100 à 120 contrôles par an sur le respect des engagements pris par les acheteurs ;
  • la protection du potentiel scientifique et technique de la Nation ;
  • le régime des opérateurs d'importance vitale ;
  • la loi dite « de blocage » de 1968, qui empêche la transmission d'informations sensibles à des autorités étrangères ;
  • des aides publiques, en subventions ou en fonds propres, pour soutenir directement les secteurs clés.

Bercy le répète toutefois : ces outils doivent rester l'exception. Chaque intervention doit être proportionnée et ne cibler aucune nationalité en particulier. La doctrine, conçue pour l'usage interne des administrations, ne modifie pas non plus les décisions rendues au titre du contrôle des investissements. Reste un chantier que l'État juge décisif : sensibiliser les entreprises elles-mêmes, souvent peu conscientes des risques liés à leur expansion internationale et à leurs outils numériques. Et donner à cette vigilance une dimension européenne, en renforçant les échanges d'informations entre États membres.

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