Blocus des lycées : Matignon ouvre cinq chantiers, Beauvau mise sur la fermeté et les préfectures sont en première ligne

Publié le 6 octobre 2026 par Oriane Bussard

Lycée français ©Cyrille LIPS

Depuis fin septembre, la mobilisation lycéenne perturbe des centaines d'établissements partout en France. Face à elle, le gouvernement joue sur deux tableaux : répondre aux revendications des élèves et tenir l'ordre public aux abords des lycées. Sur le terrain, ce sont les préfectures et les chefs d'établissement qui appliquent cette ligne.

Sébastien Lecornu : cinq chantiers et une échéance au 31 octobre

Le 4 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a répondu aux lycéens par une feuille de route en cinq points, qui reprend une grande partie de leurs griefs :

Assurer les cours. Remplacer en priorité les enseignants absents, en particulier dans les classes d'examen, les spécialités et la voie professionnelle. Des séances de rattrapage sont prévues pendant les vacances. Un premier point d'étape est fixé au 16 octobre.

Rénover le bâti. Les régions doivent hiérarchiser les travaux. Les premiers chantiers sont visés pour l'été 2027.

Revoir les emplois du temps. Les journées longues, les heures creuses et les pauses déjeuner seront discutées avec les représentants des élèves et les équipes.

Rendre Parcoursup plus lisible. Les critères de sélection et les règles d'orientation doivent être clarifiés d'ici la fin du mois pour la campagne 2027.

Écouter les élèves. Les conseils de vie lycéenne devront recevoir une réponse motivée à chacune de leurs propositions.

Chaque ministère doit présenter son calendrier et le coût de ces mesures d'ici le 31 octobre.

Laurent Nuñez : fermeté, proportionnalité et action coordonnée

Place Beauvau, la ligne avait été fixée avant même le pic de la mobilisation. Le 28 septembre, Laurent Nuñez et le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray ont signé un message commun : l'expression lycéenne doit être respectée, mais les violences ne seront pas tolérées. Les forces de l'ordre ont pour mission d'interpeller les auteurs d'infractions tout en restant proportionnées.

Le dispositif repose sur trois leviers :

  • Le chef d'établissement déclenche l'intervention. En cas de blocage total, aucune intervention n'a lieu sans échange préalable avec la direction du lycée. Celle-ci doit prévenir les forces de sécurité locales pour anticiper les blocages et organiser une réponse concertée.
  • Les unités de force mobile sont déployées autour des établissements où la situation se dégrade.
  • La consigne de terrain demande un « juste équilibre » entre la proportionnalité des interventions et le maintien de l'ordre. Sur le terrain, des policiers jugent cette consigne plus facile à écrire qu'à appliquer.

En préfecture : arrêtés d'interdiction

Des interdictions de rassemblement ont été prises autour de certains établissements, notamment en Île-de-France, où des préfectures ont publié la liste des lycées concernés. Elles ont aussi interdit les manifestations aux abords des lycées fermés lors des journées les plus tendues.

Côté législatif, une proposition de loi fondée sur le principe du « casseur-payeur » doit être examinée au Sénat le 27 octobre. Elle vise à faire payer les auteurs des dégradations.

La sécurité privée a-t-elle sa place dans cette coopération ?

Toute la réponse de l'État repose sur la coopération entre chefs d'établissement, préfecture, forces de l'ordre, rectorat et région. La sécurité privée peut-elle être un maillon de cette chaîne ?

Elle pourrait apporter plusieurs choses :

  • une présence sur site la nuit et le week-end, pour éviter que les bâtiments soient occupés, dégradés ou incendiés avant l'ouverture ?
  • la télésurveillance et la levée de doute, pour transmettre une information fiable aux forces de l'ordre et réserver les forces de force mobile aux situations qui l'exigent ?
  • le filtrage des accès les jours de tension, en appui de la direction ?
  • une remontée d'information vers le chef d'établissement, qui est l'interlocuteur des forces de l'ordre dans le dispositif actuel ?

À vous la parole. Avez-vous déjà travaillé en faveur de ce type de coopération ? Quelles conditions la rendraient utile? Quelles limites ?

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