Journée internationale des droits des femmes : le portrait de Delphine Guerrier, dirigeante de Kidde Global Solutions

Publié le 6 mars 2026 par Oriane Bussard

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Présentée par Oriane Bussard

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, ANews Sécurité met à l’honneur celles qui ont choisi de s’imposer dans un univers encore largement masculin : la sécurité. Parcours, obstacles, réussites et convictions… Ces professionnelles partagent leur expérience et livrent leurs conseils à toutes celles qui souhaitent embrasser cette carrière.

Focus sur le témoignage de Delphine Guerrier, dirigeante de l’entreprise Kidde Global Solutions.

  • Qu’est-ce qui vous a donné l’élan pour évoluer dans le secteur de la sécurité ?

Un CV, une rencontre humaine… et c’est ainsi que je suis arrivée très tôt dans le secteur de la sécurité privée.

Ce qui m’a immédiatement marquée, c’est le sens de ce métier. Protéger des personnes, des entreprises, des lieux de vie a une valeur profonde et dans le contexte que nous vivons aujourd’hui, cette mission prend encore plus de relief.

La sécurité, c’est un engagement concret : protéger de manière mesurable, responsable et durable, en tenant compte des usages réels et des attentes de ceux que nous protégeons. Très tôt, j’ai été attirée par des environnements exigeants et en transformation, où la technologie n’est jamais une fin en soi, mais un levier au service des clients, des partenaires et des équipes.

Le secteur de la sécurité réunit exactement cela : innovation, rigueur opérationnelle, impact humain et proximité client. C’est cette combinaison qui continue de me motiver chaque jour.

  • Quelles étapes ont été déterminantes dans votre accession à des fonctions de direction et de management ?

Mon parcours n’a pas été linéaire, et c’est précisément ce qui l’a rendu structurant.

J’ai commencé par l'audit et la finance, qui m’a apporté une discipline et une lecture essentielle du business. Mais très vite, animée par une forte curiosité, j’ai cherché à créer des ponts entre les différents métiers de l’entreprise. Comprendre à la fois les enjeux humains, opérationnels et business toujours avec le client comme point d’ancrage m’a toujours passionnée. La finance est une nécessité, non une finalité.

Une première étape clé a été d’accepter des rôles à forte exposition business, souvent dans des contextes complexes ou en transformation. Cela m’a appris à prendre des décisions, à en assumer les conséquences et à tenir un cap financier dans la durée, sans jamais perdre de vue la création de valeur pour le client.

Mon parcours international a également été déterminant. Travailler avec des équipes multiculturelles m’a permis de développer une conviction forte : le leadership n’est pas une question de contrôle, mais de confiance, de clarté, d’écoute et d’alignement, en valorisant la diversité des points de vue.

Enfin, je n’aurais pas pu franchir ces étapes sans la confiance et le soutien de mes managers, qui ont joué un rôle déterminant dans mon parcours. Ils m’ont donné des opportunités, parfois avant que je ne me sente totalement prête, et m’ont encouragée à prendre des responsabilités. Cette confiance a été un véritable accélérateur. Je tiens sincèrement à les remercier.

Le passage à des fonctions de direction m’a ainsi fait évoluer d’un rôle d’exécution vers un rôle de création de dynamique collective. Aujourd’hui, ce qui me caractérise le plus comme dirigeante, c’est ma capacité à donner du sens, responsabiliser des équipes diverses et engagées, et construire une culture de performance durable orientée client.

  • Quel a été le plus grand défi que vous avez rencontré en tant que femme dans votre carrière et comment l’avez-vous surmonté ?

Le principal défi a été de trouver ma place sans renoncer à mon identité, dans un environnement encore largement masculin.

J’ai compris assez tôt qu’il ne s’agissait pas d’imiter un modèle existant, mais de construire le mien : un leadership exigeant, orienté résultats, mais profondément humain, inclusif et respectueux des personnes.

Je l’ai surmonté en restant constante, en m’appuyant sur mes valeurs et sur la compétence, et surtout en cultivant des relations professionnelles fondées sur la confiance, la transparence et le respect des différences. Avec le temps, ce sont ces valeurs qui créent la légitimité la plus solide.

  • Comment le leadership féminin contribue-t-il, selon vous, à renforcer la performance de la sécurité ?

Le leadership féminin apporte souvent une lecture plus globale et plus inclusive des enjeux : humains, clients, opérationnels et stratégiques. Dans un secteur comme la sécurité, la performance ne repose pas uniquement sur la technologie, mais sur la qualité de l’exécution, la coopération entre équipes, l’écoute du terrain et la compréhension fine des besoins clients.

La diversité des styles de leadership renforce la performance collective. Selon moi, ce n’est pas une question de genre, mais de complémentarité, et c’est précisément ce dont notre secteur a besoin pour continuer à évoluer et mieux servir ses clients.

  • Quelles actions concrètes les entreprises de sécurité devraient-elles mettre en place pour favoriser l’accès des femmes aux postes stratégiques ?

Les entreprises doivent passer des intentions aux actions concrètes et durables.

Cela commence par responsabiliser et encourager les managers à identifier les talents féminins dès les premières étapes de carrière, dans toute leur diversité, et à leur donner de la visibilité. Le développement de programmes de mentorat et de sponsoring au plus haut niveau est également essentiel pour accompagner ces talents et lever certains freins invisibles.

Il est tout aussi important de garantir des parcours de carrière transparents et équitables, et de créer des environnements de travail où performance, engagement client et réalités de vie peuvent coexister.

Cela implique parfois de repenser la manière dont sont construits les plans de succession. Les femmes osent encore moins se projeter ou se positionner spontanément sur certains rôles stratégiques. Si l’on souhaite réellement faire évoluer les choses, les managers doivent être plus attentifs à ces talents qui, parfois, sommeillent au sein des organisations et n’attendent qu’un signal de confiance pour s’exprimer.

La clé est simple : donner les mêmes opportunités, les mêmes exigences et les mêmes moyens de réussir.
Cela nécessite des efforts de part et d’autre, mais c’est à ce prix que l’on construit des organisations plus performantes, plus inclusives.

  • Comment voyez-vous l’évolution du secteur de la sécurité et quelles opportunités cela ouvre-t-il pour les femmes dirigeantes ?

Le secteur de la sécurité est en pleine transformation : digitalisation, connectivité, services, data, intelligence artificielle.

Ces évolutions font émerger des profils capables de piloter le changement, fédérer des équipes diverses et créer de la valeur durable pour les clients. C’est une opportunité majeure pour les femmes dirigeantes, car ces compétences sont aujourd’hui essentielles. Le secteur ne recherche plus uniquement des experts techniques, mais des leaders complets, orientés clients et capables d’embarquer les organisations.

  • Quel conseil donneriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent faire carrière dans la sécurité aujourd’hui ?

Je leur dirais : osez prendre votre place.

Osez viser des postes ambitieux, même sans correspondre à 100 % au profil attendu. J’ai souvent donné leur chance à des profils atypiques mais engagés, motivés, curieux et ouverts aux autres, plutôt qu’à des profils parfaits sur le papier. Je privilégie avant tout le mindset, l’envie d’apprendre et l’orientation client.

Osez poser des questions, prendre la parole, demander des responsabilités. La sécurité est un secteur passionnant, en mutation, qui a besoin de talents engagés, curieux, inclusifs et déterminés. Les opportunités sont réelles pour celles qui osent s’y projeter.



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