Abdelhamid Faddeoui : « La sécurité privée est devenue indispensable, mais reste économiquement fragile »

Publié le 23 septembre 2026 par Oriane Bussard

Abdelhamid Faddeoui

À l’issue du Congrès du GES, Abdelhamid Faddeoui revient sur les enjeux de la sécurité privée. Face à des exigences croissantes, il alerte sur la fragilité économique du secteur et appelle à mieux reconnaître son rôle désormais stratégique.

  • Ce congrès a réuni pouvoirs publics, dirigeants d'entreprises de sécurité, donneurs d'ordre... Combien de participants étaient présents ? Quel bilan tirez-vous de cette fréquentation et de ce format ?

Nous avons réuni environ 120 participants, ce qui est dans la continuité des précédents Congrès. Dans le contexte économique actuel, qui n’est pas simple pour les entreprises et donc nos adhérents, cette stabilité est déjà importante.

Mais le principal intérêt du Congrès est surtout la diversité des participants : entreprises de toutes tailles, représentants des pouvoirs publics, CNAPS, donneurs d’ordre, partenaires et acteurs technologiques, professeur de droit, personnalité nouvelle comme Nicolas Brault, etc.

  • Le congrès a balayé un spectre très large : diagnostic stratégique du secteur, sécurité des JOP d'hiver 2030 dans les Alpes, patrouilles robotisées, poids de la réglementation, certification AFNOR. Quel a été, selon vous, le fil rouge qui relie tous ces sujets, et quel thème a suscité les débats les plus vifs entre les intervenants et la salle ?

Le fil rouge était finalement assez simple : on demande de plus en plus à la sécurité privée, alors que son modèle économique reste fragile. On lui demande davantage de professionnalisation, de technologie, de nouvelles compétences et potentiellement de nouvelles missions. Mais il faut que les entreprises disposent des moyens économiques permettant de suivre cette évolution, ce qui n’est pas le cas.

Précisément, pour être très concret, les évolutions réglementaires de cet été continuent d’élargir ou de préciser les missions et obligations du secteur, tandis que le rapport IGA-CGEFI sur les fragilités économiques du secteur de la sécurité privée établit très clairement sa faible rentabilité et ses difficultés économiques, sans aller, selon nous, suffisamment loin dans les remèdes proposés.

Les débats les plus nourris ont donc beaucoup tourné autour de cette question : jusqu’où peut-on continuer à augmenter les exigences réglementaires sans réellement traiter les conditions économiques dans lesquelles les entreprises travaillent ?

  • Un des panels s'intitulait justement "la sécurité privée, une croissance illusoire". Titre volontairement provocateur ? Quel est aujourd'hui le principal frein pour les entreprises que vous représentez : le coût, la faible marge, la réglementation, la pénurie de main-d'œuvre, ou autre chose ?

Le titre était volontairement provocateur, mais il correspond à une réalité, celle que je viens de vous indiquer : le chiffre d’affaires du secteur progresse, mais une part importante de cette croissance est liée aux augmentations salariales et à la hausse des coûts. Cela ne signifie donc pas nécessairement que les entreprises créent davantage de valeur ou qu’elles deviennent plus solides.

Le problème principal est donc bien économique. Lorsque les salaires et charges représentent jusqu’à 90 % des coûts et que les marges restent extrêmement faibles, tout le reste devient plus difficile : former, recruter, investir, fidéliser ou intégrer de nouvelles technologies. La réglementation, le recrutement ou la sous-traitance sont évidemment des sujets importants, mais ils viennent souvent se greffer sur une fragilité économique de départ, presque structurelle désormais ! Le rapport IGA-CGEFI a eu le mérite de confirmer officiellement ce diagnostic.

  • Le titre même du congrès pose la question : secteur stratégique ou secteur contraint ? Deux jours de débats plus tard, où penchez-vous personnellement, et qu'est-ce qui, dans les interventions a pu faire évoluer ou confirmer votre position ?

Je pense justement que le problème est qu’il est aujourd’hui les deux. La sécurité privée est devenue stratégique dans les faits. Les JOP de Paris 2024 l’ont montré, les Jeux d’hiver de 2030 le montreront probablement à nouveau, et de nombreux sites ou activités ne pourraient tout simplement plus fonctionner sans sécurité privée. C’est même une certitude !

Mais elle reste parallèlement très contrainte dans son fonctionnement économique et réglementaire. Beaucoup continuent à considérer la prestation de sécurité essentiellement comme un coût qu’il faut réduire, alors qu’on demande aux entreprises davantage de qualité, de compétences et de responsabilités. Le Congrès nous a plutôt confirmé, s’il en était besoin, qu’il fallait maintenant résoudre cette contradiction : si l’on considère réellement la sécurité privée comme un secteur stratégique, il faut progressivement en tirer les conséquences dans les pratiques d’achat, dans la réglementation et dans le dialogue avec les pouvoirs publics.

  • Le congrès s'est conclu par une assemblée générale extraordinaire du GES. Quelles décisions concrètes en sont sorties, et quelles sont les toutes premières échéances sur lesquelles le GES va se mobiliser dans les semaines qui viennent ?

L’Assemblée générale extraordinaire a notamment adopté une évolution importante de nos statuts. Le Conseil d’administration passe de 15 à 21 membres, avec sept représentants par collège, et nous abandonnons le scrutin de liste au profit de candidatures individuelles. L’objectif est d’ouvrir davantage notre gouvernance et de faciliter l’implication des adhérents.

Dans les prochaines semaines, nous allons surtout poursuivre les dossiers économiques et réglementaires ouverts avant le Congrès, et préparer le futur Beauvau de la sécurité privée que le ministre BERGER nous a, par courrier, annoncé : les suites du rapport IGA-CGEFI, les conditions de passation et de vie des contrats, les questions de vidéoprotection, de principe d’exclusivité et de sécurité incendie.

Enfin, nous continuerons bien évidemment à promouvoir l’indice des coûts de revient de la sécurité privée et sur sa meilleure, pour ne pas dire sa pleine, prise en compte dans les relations entre prestataires et donneurs d’ordre, et notamment publics.

  • Quelle sera la feuille de route du GES d'ici la fin de l'année et pour 2027 ? Quel sera, selon vous, le principal combat du GES au prochain congrès ?

La feuille de route sera de mettre davantage en cohérence trois sujets qui sont encore trop souvent traités séparément : leut nouveau transfert de missions. On ne peut pas discuter sérieusement de robotisation, d’intelligence artificielle, de drones, des JOP Alpes 2030 sans poser en même temps la question du financement et de la soutenabilité économique de ces transformations.

Pour 2027, le principal enjeu sera donc probablement de faire reconnaître économiquement ce que tout le monde reconnaît désormais opérationnellement : la sécurité privée est devenue indispensable. Cela suppose notamment de mieux responsabiliser les donneurs d’ordre, publics et privés, de travailler sur les prix et les clauses de révision, et d’obtenir une réglementation plus cohérente et plus stable. Une entreprise qui n’est pas rentable ne peut pas durablement investir, former, innover et prendre de nouvelles responsabilités.

Retrouvez Abdelhamid Faddeoui dans Face aux Asso "Le GES vision et proposition, via son livre blanc" ICI

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