
détecteur OCIN₂O©Olythe
Le 1er novembre 2026, cela fera un an que Mathis, 19 ans, a été mortellement renversé à Lille par un conducteur suspecté d’avoir inhalé du protoxyde d’azote au volant. Un an plus tard, la consommation de cette drogue facile d’accès ne faiblit pas, et les collectivités locales n’attendent plus pour agir. Après Cannes, première ville de France à avoir équipé sa police municipale de détecteurs de protoxyde d’azote dans l’air expiré, Béziers, Bobigny, Mions, Coudekerque-Branche, Puteaux s’équipent à leur tour d’outils de dépistage afin de se donner les moyens d’appliquer la loi « RIPOST ». Dans toutes ces villes, un même dispositif, utilisé comme un éthylotest : OCIN₂O, développé et fabriqué par la société française Olythe.
Un an après la mort de Mathis, les maires ne veulent plus attendre
Le 1er novembre 2025, vers 5 heures du matin, Mathis, étudiant de 19 ans, était fauché boulevard de la Liberté, à Lille, par un conducteur de 31 ans roulant à vive allure et suspecté d’avoir inhalé du protoxyde d’azote. Depuis, le « proto » est resté aussi facile à se procurer, et ses ravages sont désormais bien connus : perte de connaissance, atteintes neurologiques et troubles cardiovasculaires chez les consommateurs, de plus en plus jeunes, mais aussi accidents sur la route, où la conduite sous emprise met en danger chacun. Face à cette progression que rien ne semble freiner, arrêtés municipaux et campagnes de sensibilisation ne suffisent plus : les villes veulent aussi pouvoir contrôler.
Cannes, Puteaux, Béziers, Bobigny: les villes s’équipent
Cannes a ouvert la voie. Depuis la fin du mois d’août 2026, sa police municipale utilise trois détecteurs OCIN₂O lors de contrôles faisant suite à une infraction routière. « Nous anticipons la loi Ripost (…) À Cannes, j’ai pris la décision de privilégier la sécurité des usagers », a déclaré David Lisnard, maire de Cannes.
La ville n’est plus seule.. À Bobigny et à Mions, des communes sont également concernées par ces détecteurs. À Coudekerque-Branche, la police municipale dispose désormais d’un détecteur de protoxyde d’azote, la commune étant la deuxième de France après Cannes à s’en doter ; la ville a reçu son exemplaire lors de la semaine du 21 septembre.
À Puteaux, pionnière dans la lutte contre le protoxyde d’azote avec un premier arrêté dès 2019, la police municipale a fait l’acquisition en septembre 2026 d’un appareil de dépistage, d’abord pensé pour faire de la prévention auprès des habitants. Sa maire, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, a d’ailleurs écrit aux directeurs de collèges de la ville : « Informer, sensibiliser et prévenir demeurent nos meilleurs outils pour éviter que des comportements perçus comme festifs ne se transforment en drames humains. »
« Les maires sont en première ligne : ce sont leurs polices municipales qui retrouvent les bonbonnes sur la voie publique et qui interviennent après les accidents. Qu’autant de villes, de tailles et de sensibilités différentes, s’équipent d’OCIN₂O sans attendre un cadre national montre qu’elles ont compris une chose : une interdiction sans moyen de vérifier reste difficile à faire respecter », déclare Guillaume Nesa, cofondateur d’Olythe.
La loi RIPOST est votée, les communes préparent son application
Définitivement adoptée cet été, la loi « RIPOST » prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 9 000 euros d’amende pour la conduite sous protoxyde d’azote, deux ans de prison et 7 500 euros d’amende pour la détention et le transport au-delà d’un certain seuil, et une interdiction de vente aux particuliers à compter du 1er février 2027. Mais sur la route, la conduite sous emprise doit être caractérisée de façon « manifeste », à l’appréciation visuelle d’un agent, sans dépistage prévu : un amendement visant à s’appuyer sur un test avait été rejeté à l’Assemblée nationale comme au Sénat. Les communes, elles, ne veulent pas attendre. « Le cadre juridique ne prévoit pas encore une réponse judiciaire précise », reconnaît David Lisnard, qui assure néanmoins que « le dispositif est très fiable ». Une manière de prévenir dès aujourd’hui, en objectivant une consommation récente, avant que le cadre ne se précise.
OCIN₂O : le même outil dans toutes les villes, appuyé par des études
Compact, portatif et non invasif, OCIN₂O fonctionne comme un éthylotest : l’agent fait souffler la personne pendant trois à quatre secondes, et l’appareil, grâce à la spectroscopie infrarouge non dispersive (NDIR), affiche la concentration de protoxyde d’azote dans l’air expiré. Il s’agit d’un outil de dépistage, qui oriente l’action des agents sur le terrain Les données scientifiques soutiennent cet usage. Une étude clinique de l’Université d’Aarhus (Danemark), menée sur des volontaires et dans laquelle OCIN₂O a été utilisé, montre que les concentrations de N₂O dépassaient les seuils de détection dans 87,5 % des échantillons d’air expiré 4 heures après l’exposition, des résultats préliminaires qui seront complétés. Une étude publiée en 2025 dans Scientific Reports (Jiménez et al.) a constaté, après administration contrôlée à 24 volontaires, que le N₂O restait détectable dans l’air expiré pendant au moins 60 minutes, quand les travaux d’anesthésiologie d’Einarsson et al. (1993) documentaient déjà une élimination pulmonaire mesurable. Le dispositif a également fait l’objet d’une évaluation indépendante par le Centro Español de Metrología (CEM), institut national espagnol de métrologie, portant notamment sur la répétabilité des mesures et l’influence de paramètres tels que le débit expiratoir et les gaz interférents.
« Le débat ne porte plus sur la possibilité de détecter une exposition récente au protoxyde d’azote, mais sur la manière de l’intégrer aux pratiques de terrain. Les villes qui s’équipent aujourd’hui contribuent à écrire ces procédures, avec leurs agents et leurs retours d’expérience », explique Guillaume Nesa.
Une dynamique qui dépasse nos frontières
La France n’est pas la seule à franchir le pas. Au Danemark, où les signalements d’infractions routières liées au protoxyde d’azote sont passés de 57 en 2019 à 866 en 2025, la police des districts de Copenhague-Ouest et de Fionie teste depuis le 1er janvier 2026 un détecteur d’air expiré d’Olythe lors de contrôles routiers, chaque test positif étant confirmé par une prise de sang. Ce projet danois a reçu en septembre 2026 le Europol Excellence Award for Innovative Operation. En Belgique, les forces de l’ordre ont mené des essais jugés concluants, tandis que des évaluations sont en cours à Dublin et au Royaume-Uni, Espagne.
Fabriqué en France, au service des collectivités
Conçu et fabriqué à Aix-en-Provence, OCIN₂O a été récompensé en 2026 par le Prix du ministère de l’Intérieur (Médaille d’or du Concours Lépine) et le Prix de l’OMPI. Olythe se tient à la disposition des communes, de leurs polices municipales et de leurs élus pour organiser démonstrations, prêts et premiers déploiements.
« Un an après la mort de Mathis, nous ne pouvons plus nous contenter de constater. Les mairies de France ont décidé de se donner les moyens de prévenir et de contrôler, et nous sommes fiers que cette réponse soit française. Notre objectif est que le dépistage du protoxyde d’azote devienne, comme l’éthylotest pour l’alcool, un réflexe de prévention partout sur le territoire », conclut Guillaume Nesa, cofondateur d’Olythe.




