
Photo : Un lampadaire de nuit brille d'une lumière jaune ©Travelarium.ph
Depuis la crise énergétique de 2022, plusieurs centaines de communes françaises ont choisi d'éteindre partiellement ou totalement leur éclairage public entre 23 heures et 5 ou 6 heures du matin.
L'objectif était d'abord budgétaire : réduire une facture d'électricité qui pèse lourd sur les finances locales, l'éclairage représentant parfois jusqu'à 40 % de la consommation énergétique d'une commune. Mais trois ans plus tard, le débat a changé de nature. Ce n'est plus seulement une question d'économies, c'est devenu un sujet de sécurité publique qui divise élus, riverains et forces de l'ordre.
Les partisans du rallumage avancent plusieurs arguments. Ils estiment que l'obscurité favorise le sentiment d'insécurité, en particulier chez les femmes, les personnes âgées et les habitants des quartiers isolés. Certains maires rapportent une hausse des cambriolages ou des dégradations dans les zones plongées dans le noir, plus propices à une action discrète. Les commerçants de centre-ville, eux, redoutent un effet dissuasif sur la fréquentation nocturne et donc sur leur chiffre d'affaires. Des associations de victimes réclament également un retour à un éclairage renforcé sur les trajets domicile-travail.
À l'inverse, les défenseurs de l'extinction nocturne rappellent que plusieurs études, notamment celles menées par des chercheurs en sécurité urbaine, n'établissent pas de lien systématique entre absence de lumière et hausse de la délinquance. Selon eux, une rue éclairée peut même faciliter le repérage des lieux à cambrioler. Ils mettent aussi en avant les bénéfices environnementaux : préservation de la biodiversité nocturne, réduction de la pollution lumineuse, économies d'énergie substantielles et baisse des émissions de gaz à effet de serre. Pour ces élus, la solution ne réside pas dans un retour en arrière mais dans des dispositifs intelligents, comme les lampadaires à détection de mouvement.
Entre ces deux positions, de nombreuses municipalités testent des solutions intermédiaires : extinction modulée selon les quartiers, éclairage réduit plutôt que coupé, ou détecteurs de présence couplés à des caméras de vidéoprotection. La question reste ouverte, et le débat, loin d'être tranché, continuera sans doute d'animer les conseils municipaux à l'approche de l'hiver.
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