La DGA et Elistair mettent au point un drone capable de détecter les émissions radiofréquences des drones adverses

Publié le 1 septembre 2026 par Oriane Bussard

Orion - DroneBox Khronos sur VPC (Véhicule de poste de commandement) lors de l'exercice haute intensité ORION26

En quatre mois seulement, la Direction générale de l'armement (DGA) et la PME lyonnaise Elistair ont mis au point un système de drone capable de détecter les émissions radiofréquences des drones adverses sans dépendre du GPS. Une prouesse de vitesse qui illustre la nouvelle doctrine de la « DGA de combat » et confirme la montée en puissance d'un acteur français déjà bien implanté dans la surveillance aérienne, civile comme militaire.

C'est une information révélée par La Lettre A le 27 août, et qui confirme ce que beaucoup d'observateurs du secteur pressentaient depuis des mois : la guerre en Ukraine a rebattu les cartes de la lutte électromagnétique, et la France entend s'y adapter au pas de charge.

Le projet a été conduit entre mars et juillet 2026 sur le site DGA Maîtrise de l'information de Bruz, au sud de Rennes, historiquement dédié au renseignement électronique et à la cyberdéfense. Il associe les équipes du Cergen, le centre d'expertise en guerre électronique tout juste constitué par la DGA, et Elistair, spécialiste des drones captifs fondé en 2014 par Guilhem de Marliave et Timothée Penet.

Le système repose sur un drone embarqué à bord d'un véhicule militaire, qui fait office d'antenne volante mobile.

Sa mission : repérer et localiser les sources radiofréquences des drones ennemis sur le champ de bataille, y compris lorsque l'environnement électromagnétique est saturé de brouillage.

C'est précisément là que réside l'innovation : contrairement à la plupart des systèmes de détection existants, celui-ci ne dépend pas du positionnement GPS pour fonctionner, ce qui le rend insensible aux techniques de leurrage et de brouillage désormais systématiques sur les théâtres d'opérations, à commencer par l'Ukraine.

Cette rapidité d'exécution, quatre mois entre le lancement et un système opérationnel n'a rien d'anodin. Elle s'inscrit dans la philosophie portée par Patrick Pailloux, délégué général pour l'armement depuis février 2026, qui a fait de la « DGA de combat » sa marque de fabrique : privilégier des cycles de développement courts et itératifs, quitte à sacrifier une part de sophistication technologique, plutôt que des programmes d'armement traditionnels étalés sur plusieurs années.

Le projet n'est d'ailleurs pas isolé. Le Cergen a développé en parallèle KryptoJam, un système de détection du brouillage et du leurrage GNSS dont la production a été transférée au service industriel aéronautique d'Ambérieu-en-Bugey, déjà 200 exemplaires livrés aux forces. La séquence dessine une filière française de lutte anti-drone et de résilience électromagnétique qui se structure à grande vitesse, sous une pression opérationnelle directe.

Pour Elistair, cette collaboration confirme un ancrage militaire déjà ancien. La DGA soutient l'entreprise depuis 2017, via le dispositif RAPID, pour son projet Airwatch de « dronebox » intelligente. En 2022, un contrat-cadre lui avait été notifié pour équiper les centres d'essais de la DGA, sites de tir des Landes, de Méditerranée et d'Aquitaine de drones captifs Orion 2, capables de tenir 24 heures à 100 mètres d'altitude avec un rayon de surveillance de 10 kilomètres, insensibles eux aussi au brouillage grâce à leur liaison filaire.

Mais la PME lyonnaise, dont environ 90 % du chiffre d'affaires se fait à l'export, ne se limite pas au seul marché de défense. Sa clientèle compte l'armée américaine, les Nations unies, la police de l'État de New York ou le ministère britannique de la Défense, un mélange révélateur d'usages qui vont du champ de bataille au maintien de l'ordre, en passant par la sécurisation de grands événements ou la gestion de crise civile.

En quelques années, Elistair est devenue l'illustration presque parfaite des actions menées dans le cadre du continuum de sécurité que la doctrine française appelle de ses vœux depuis le Livre blanc de 2013 : une PME capable de servir aussi bien la surveillance d'un site sensible en temps de paix que la détection de drones ennemis sur un théâtre d'opérations à haute intensité.

Le drone anti-brouillage conçu à Bruz n'est pour l'instant qu'un prototype né d'une commande urgente. Mais il s'inscrit dans une dynamique de fond : celle d'un continuum de sécurité où les briques technologiques développées pour protéger un pas de tir ou un rassemblement public deviennent, presque naturellement, les outils de la supériorité tactique sur un champ de bataille moderne saturé de drones et de brouillage.

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