
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez présente ce mardi aux neuf organisations syndicales représentatives des services d'incendie et de secours les grandes lignes du projet de loi de modernisation de la Sécurité civile. La séance, prévue en fin de matinée Place Beauvau, intervient dans un climat tendu : la réunion du 13 août dernier avait été jugée « décevante » par l'intersyndicale, faute de chiffrage concret sur les recrutements.
Le calendrier ne doit rien au hasard. Ce même 8 septembre s'ouvre une grève nationale des sapeurs-pompiers professionnels, à l'appel d'une intersyndicale de neuf organisations et soutenue par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF), qui dit s'associer « pleinement » au mouvement. Le préavis court jusqu'au 20 octobre — six semaines d'un conflit social sans précédent dans la profession — avec, en point d'orgue, une mobilisation d'ampleur fin septembre à Paris : un rassemblement statique Place de la République les 26, 27 et 28 septembre, suivi d'une journée d'action le 29. Un service minimum reste garanti pour les urgences vitales.
Cette colère survient après un été noir. Les mégafeux de Gironde et des Landes ont ravagé plus de 42 000 hectares, mettant à nu, selon les syndicats, l'épuisement d'un système à bout de souffle. « On n'a plus assez de bras », résume un représentant syndical, tandis que Xavier Boy, porte-parole de l'intersyndicale, se dit « très déçu » par l'absence de réponses sur les « recrutements massifs » réclamés.
Sur le fond, le texte est l'aboutissement d'une concertation lancée dès 2024, le « Beauvau de la sécurité civile », qui devait initialement déboucher sur une grande loi de refondation assortie de financements nouveaux, avant de rester largement lettre morte.
Le projet de loi prévoit notamment une nouvelle répartition des missions de secours entre pompiers et autres acteurs de l'urgence, en distinguant plus clairement l'« urgence à agir » de l'« urgence à transporter » — une clarification que le gouvernement juge nécessaire face à des « incompréhensions » persistantes entre services, en particulier lors de catastrophes de grande ampleur.
Les revendications de l'intersyndicale s'articulent autour de cinq axes : une modernisation réelle de la Sécurité civile, des recrutements massifs, un budget dédié à la protection sanitaire des agents, l'ouverture de négociations sociales et l'inscription d'un financement pérenne dans la loi de finances 2027. La profession compte aujourd'hui environ 44 300 sapeurs-pompiers professionnels et 200 900 volontaires, ces derniers étant eux-mêmes difficiles à recruter et à fidéliser.
