Nouvelle-Calédonie : aucune ingérence numérique étrangère détectée pour les provinciales mais Meta contraint de retirer des publicités suspectes

Publié le 21 septembre 2026 par Oriane Bussard

Protection du débat public contre les ingérences numériques étrangères durant les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie du juin 2026 ©VIGINUM

Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et son service VIGINUM ont publié, le 18 septembre 2026, une synthèse publique consacrée à la protection du débat démocratique lors des élections provinciales en Nouvelle-Calédonie du 28 juin dernier.

Verdict officiel : aucune ingérence numérique étrangère (INE) ciblant le scrutin n'a été détectée et caractérisée. Mais le document, loin de clore le dossier, détaille un dispositif de vigilance déployé à grande échelle — et révèle un incident qui, sans franchir le seuil de qualification retenu par l'État, mérite qu'on s'y attarde.

Ce dispositif, baptisé réseau de coordination et de protection des élections (RCPE), n'est pas une nouveauté improvisée pour l'occasion. Créé en janvier 2026 pour sécuriser les municipales de mars, il a simplement été reconduit à l'approche du scrutin calédonien. Il rassemble, sous la houlette du SGDSN, un aréopage d'acteurs institutionnels : l'Arcom, gendarme de l'audiovisuel et coordinateur désigné pour les services numériques, la Commission nationale des comptes de campagne, le Secrétariat général du gouvernement, le ministère de l'Intérieur épaulé par la Direction générale des outre-mer, le Haut-Commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie, ainsi que VIGINUM et son comité éthique et scientifique de contrôle.

Entre le 18 juin et le 2 juillet, ce réseau s'est réuni trois fois, chaque rencontre donnant lieu à un bulletin public. La vigilance n'était pas superflue. La Nouvelle-Calédonie, territoire ultramarin au statut singulier, a déjà été la cible à plusieurs reprises d'acteurs de la désinformation, notamment via une campagne documentée visant les outre-mer et la Corse. Plus largement, VIGINUM rappelle avoir détecté vingt-cinq tentatives d'ingérence lors des européennes et législatives de 2024, et quatre lors des municipales de mars 2026, preuve, selon le service, d'une menace non pas hypothétique mais structurelle, désormais inscrite dans les rivalités géopolitiques mondiales.

En amont du vote, l'Arcom et VIGINUM avaient convié les grandes plateformes à une réunion, le 18 juin, pour examiner leurs mesures d'atténuation des risques, conformément aux lignes directrices européennes issues du règlement sur les services numériques.

Reste l'épisode le plus concret de cette synthèse : VIGINUM a repéré, sur les plateformes du groupe Meta, deux publicités sponsorisées consacrées aux provinciales, diffusées par un média d'influence étranger déjà connu des services pour son mode opératoire, et ciblant à la fois le public calédonien et la métropole. Ne comportant ni allégations manifestement trompeuses ni dispositif de diffusion massive automatisée, l'affaire n'a pas atteint le seuil de l'ingérence numérique étrangère. Signalées par le RCPE, ces publicités ont toutefois été retirées par Meta, qui a reconnu leur caractère électoral et leur non-conformité à ses règles publicitaires.

L'épisode illustre un contournement plus large des interdictions de publicité politique décidées par les grandes plateformes dans l'Union européenne depuis l'entrée en vigueur du règlement sur la transparence et le ciblage publicitaire en matière politique.

Des acteurs étrangers parviennent, en étiquetant leurs contenus comme non politiques, à échapper à toute modération.

VIGINUM y voit un signal d'alerte : ces pratiques, potentiellement contraires au code électoral français, appellent selon le service des mesures d'atténuation renforcées de la part des fournisseurs avant les prochaines échéances.

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