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Vol de données personnelles : que peut faire le continuum ? – Edito

Présenté par Eric de Riedmatten
Mai 2022

Il y a un phénomène qui monte et qui inquiète. C’est la scandaleuse exploitation de nos données personnelles sur Internet. Parce que vous surfez sur le Net pour vous informer ou faire des achats, une monstrueuse machine à algorithmes se met en route, vous traque et vous exploite. Vous ne le savez sans doute pas, mais selon un rapport réalisé par un cabinet d’études en Irlande, (le Conseil des Libertés Civiles), on apprend que nos données personnelles sont mises aux enchères 376 fois par jour en Europe et 747 fois aux États-Unis. Dans sa chronique « Au Nom de la Loi », l’avocat Alain Bensoussan a raison d’attirer notre attention cette semaine sur ce fléau invincible. Car oui, la réalité s’impose : aucune entreprise, aucun particulier n’est protégé par la moindre législation.

Les règlements RGPD ne sont qu’une gentille façade, censée mettre en garde l’internaute. Cette réglementation ne sert donc à rien.

On se pose alors la question.

Est-on vraiment en sécurité sur le Net ? Et qui peut nous protéger ?

Est-ce normal d’être pillé à notre insu et de faire la fortune de Google et des autres sites comme Facebook, Twitter, Instagram et LinkedIn ? 

L’exploitation de nos données, âge, sexe, hobbies et adresse URL, se vend des fortunes. Le Conseil Irlandais des Libertés Civiles a évalué à 117 MDS$ en Europe et aux États-Unis le chiffre d’affaires réalisé par les réseaux qui traquent vos parcours sur Internet.

AVEC UNE DONNÉE PERSONNELLE, GOOGLE TOUCHE PRÈS DE 5000 ENTREPRISES

Le but final étant de revendre vos données à des multitudes de sites marchands qui enverront des pubs ciblées pour faire du business. Un seul profil de particulier permet à Google de toucher 4698 entreprises par an selon le cabinet d’études Gartner.

Et cela, rien qu’aux États-Unis.

On en déduit que les paravents ne sont que du vent. Parce que l’appareil légal en Amérique du Nord comme en Europe n’existe pas. Et aucun moyen issu des forces publiques ou privées ne permet aujourd’hui de limiter l’exploitation des données personnelles.

La faute aux technologies actuelles.

On ne freine pas le miracle internet qui a fait de la planète une fantastique autoroute de l’information. Mais il s’agit bien d’une violation de notre propriété. Les mises aux enchères de nos données sont illégales nous dit Alain Bensoussan. Et nul ne peut s’y opposer pour le moment. Aucune loi ne l’a prévu.

La solution serait de monétariser nos données, ceci afin que le particulier comme l’entreprise puissent vendre de leur plein gré leurs propres données. Cela renforcerait la propriété individuelle et interdirait une exploitation de votre nom par un organisme extérieur.

Mais un particulier est-il prêt à vendre ses données pour se faire de l’argent ?

N’est-ce pas comparable à une vente d’organes ? 

Dans les pays développés, les dons d’organes sont la règle. Mais dans les pays pauvres, comme en Inde, ça n’est pas le cas.

Selon une étude d’une association humanitaire, George Institute for Global Health India, 2000 personnes se feraient rémunérer chaque année pour la vente d’un rein, prêtes à percevoir en moyenne 566 € pour la cession d’un organe. Le phénomène se serait aggravé avec la crise Covid en raison de la misère grandissante dans ce pays.  

FAUT-IL MONÉTARISER LES DONNÉES PERSONNELLES ?

Fermons la parenthèse et restons sur le terrain des données personnelles.

Selon moi, vendre ses données aurait un avantage.

Si un jour, cela était rendu possible, le titulaire des données personnelles pourrait au moins exercer son droit de propriété et ne serait plus pillé par des géants du Net sans foi ni loi. Et devant lesquels aucun moyen répressif ne peut les faire plier.

Car pour le moment, le vol des données reste impuni. Et l’on peut être consterné devant la toute puissance d’un Google qui fait de notre identité une simple camelote monnayable. La sécurité publique comme la sécurité privée ne peuvent rien faire. 

Seule la fraude sur Internet, par son ampleur, mobilise les autorités. Des plateformes d’alertes se mettent en place. Pharos créée par les pouvoirs publics en 2009 a permis de déposer 1 million et demi de signalements. Avec cet outil s’est développé un continuum de la sécurité. On voit fleurir des applications privées censées vérifier le sérieux de sites marchands.

AVEC LES PROBLÈMES DE POUVOIR D’ACHAT, LA FRAUDE AUGMENTE

Mais est-ce vraiment efficace ?

La réponse est non.

L’envolée de l’inflation a généré une prolifération des escroqueries sur Internet. Les fausses promos sur le web n’ont jamais été aussi importantes. Selon France Verif, la progression atteint 251% en un an. 

On peut toutefois espérer du mieux dans les années qui viennent grâce à l’apport de sociétés privées. 

Des logiciels de la nouvelle génération utilisent l’intelligence artificielle pour traquer les arnaques sur Internet.

« Signal Arnaque », ou « Alertoo ».

Depuis quelques mois, la nouvelle appli « DisMoi » créé par deux frères à Bordeaux devient la startup de référence sur le marché de la protection de la vie privée. 

Et c’est là que l’on voit naître une nouvelle forme de continuum qui associe les moyens de prévention publics et privés pour endiguer à terme les escroqueries sur le Net.

Restera à les punir 

Restera à remonter les filières souvent indétectables.

Et se posera ensuite la question des données personnelles à protéger d’une enceinte hermétique.

Car sur ce point, l’antidote n’est pas trouvé.

Le vol des données personnelles, c’est un peu comme le Covid, il faudra vivre avec, et pour longtemps.

Éric de Riedmatten

Directeur de la publication : Michaël Lejard
Directeur de la rédaction : Alexandre Carré