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Sécurité : les candidats et les promesses – Edito

Par Eric De Riedmatten
Avril 2022

La sécurité n’a pas été le thème central de la campagne pour l’élection présidentielle. Et c’est étrange. La faute au Covid, la faute à la reprise économique qui a déclenché une flambée des coûts de l’énergie et la faute à la guerre en Ukraine qui maintient l’incertitude, la peur de l’avenir et a déclenché un pic d’inflation qui va ronger l’épargne des Français.

Dans ces conditions, la sécurité est passée au second plan. Et c’est le pouvoir d’achat qui domine le débat avec chaque jour des promesses de chèques alimentaires, de TVA zéro pour une centaine de produits et pour la suppression de l’impôt sur le revenu pour les moins de trente ans. Promesses intenables ? Oui, on le sait déjà. La constitution interdirait ce type de cadeau qui rompt avec l’égalité des citoyens devant les taxes. Et il n’y aurait aucune raison de supprimer l’impôt sur le revenu pour un footballeur de moins de trente ans ou un jeune trader en bourse ! Donc, comme dans la chanson, on en est toujours au même point : « paroles, paroles, paroles ».

Mais sur le plan de la sécurité, la question est différente. Les Français sont tous d’accord sur un point. Ils ont tous droit à une égalité de traitement. Ils ont tous le droit à une protection car c’est l’engagement que prend l’Etat de protéger ses citoyens. Or, ce n’est plus le cas.

LE DROIT À LA SÉCURITÉ : LE DEVOIR DE L’ETAT ?

La sécurité en France est en chute libre. Paris aux premières loges dégringole en termes de sécurité avec les trafics, les vols à la tire et les jeux de bonneteau qui se développent partout, y compris dans les quartiers chics comme le Champs de Mars, dans le 7eme arrondissement, au pied de la Tour Eiffel. Les riverains sont excédés par les mafias comme le souligne le quotidien Le Parisien dans son numéro du 15 avril. Et cette situation résume à elle seule l’état de la France. Un état où la sécurité des citoyens n’est plus assurée.

Sur cette base, il est intéressant de regarder ce que proposent les deux derniers candidats en lice pour la présidentielle. Je ne veux pas ici tomber dans une caricature et mettre en avant une politique plus qu’une autre. Il m’importe seulement de voir et de vérifier si notre sécurité demain sera renforcée et si nos enfants pourront sortir dans la rue sans se faire voler une montre ou un sac à main. Car les mafias qui nous assaillent à chaque coin de rue, on n’en peut plus. Et si Anne Hidalgo s’est effondrée au premier tour de l’élection présidentielle, c’est bien parce qu’elle a refusé de voir les choses en face. Une ville et un pays qui s’enfoncent dans l’insécurité grandissante, c’est gravissime. Et les Français ne se sont pas privés de lui dire. Madame 1,7% est aujourd’hui sous la ligne de flottaison.
Voyons les promesses des deux derniers candidats en lice. Et surtout, ces promesses seront-elles tenables ?

Davantage de police ? Tout le monde le souhaite ! C’est d’ailleurs la bataille des chiffres sur le volume de recrutements à engager. Emmanuel Macron en avait fait son argument de campagne dès 2017 pour rattraper les suppressions de postes opérées durant le mandat Sarkozy. Emmanuel Macron a-t-il réellement recruté 10 000 gendarmes et policiers durant son quinquennat ? La promesse a-t-elle été tenue ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au total : 4500 policiers et 1500 gendarmes auront été recrutés. Parfait. Mais cela ne fait pas 10 000 ! Le Gouvernement objecte qu’il a prévu de poursuivre l’effort avec la création de 2000 postes chaque année en 2021 et 2022 et que les 10 000 recrutements auront donc été réalisés. Le 16 mars dernier, Emmanuel Macron annonçait 15 milliards d’euros sur 5 ans, pour remettre la police à niveau. Un engagement ferme pour moderniser la Police avec l’objectif de voir « plus de bleus dans les rues ».

LE CONTINUUM AU CŒUR DU PROCHAIN MANDAT

Face à lui, la surenchère des chiffres et des moyens est engagée. La candidate du RN promet dès 2022, si elle est élue, 7000 recrutements supplémentaires dans la police et la gendarmerie, et donc 1,5 milliard pour la seule enveloppe « RH ». Marine Le Pen va également plus loin en appuyant sur l’accélérateur du continuum. Et là, elle fait appel au privé pour développer la notion de police municipale au point de rendre obligatoire cette police « privée » dans les communes de plus de 10 000 habitants.

Et pour en finir avec les risques de récidive ou d’impuissance de la justice, le recours à l’armée sera décidé pour encadrer les jeunes délinquants avec une durée de procédures réduite de moitié.

Reste la question de l’incarcération. Ce point « chaud » a été l’objet de toutes les controverses depuis des années.

PRISONS : 15 000 PLACES CHEZ L’UN, 85 000 CHEZ L’AUTRE

D’un côté, l’actuel Président affirmait en 2017 vouloir créer 15 000 places de prison supplémentaires sur 5 ans. Selon le Ministère de la Justice, 7000 places auraient été effectivement construites. Emmanuel Macron a précisé ensuite qu’il faudrait non pas 5 ans mais 10 ans pour atteindre son objectif initial. Mais selon un rapport de l’ancien Garde des sceaux Jean-Jacques Urvoas, les livraisons de prison prévues dès 2017 accusent un grand retard.

De l’autre, Marine Le Pen annonce 85 000 places de prison supplémentaires dans les 5 ans avec création de centres éducatifs dans chaque département. Sans préciser toutefois le financement de cette mesure.

Mais là encore, de tels délais pourront-ils être tenus et avec quel budget ?
Sans entrer dans les polémiques, et sans vouloir opposer un candidat à un autre, il faut bien admettre que les promesses électorales sont et seront difficiles à tenir.

RIGUEUR BUDGÉTAIRE, OÚ ES-TU ?

C’est une question d’argent direz-vous ! Certes. Mais l’Etat est tellement endetté qu’il ne peut plus se permettre le moindre dérapage d’autant que les taux vont augmenter et que la charge de la dette va s’envoler. Une solution existe : que l’Etat se serre la ceinture et réduise les dépenses sociales qui atteignent en France 800 MDS€. Sans ce tour de vis, il sera difficile d’aller plus loin dans les dépenses publiques. 

 Eric de Riedmatten 

Directeur de la publication : Michaël Lejard
Directeur de la rédaction : Alexandre Carré