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Les agents de l’ombre – Edito

Par Eric de Riedmatten
Mai 2022

Ils sont partout et incarnent la réussite du continuum de la sécurité. Eux ? Ce sont les héros de l’été et peu de voix nous rappelleront que sans eux, la sécurité en France tournerait sur deux-roues.

A l’approche d’un été de tous les dangers, avec les feux de forêts, les risques liés à la baignade, les braquages de casinos, les vols de bijoux, nos agents de l’ombre seront sur le pont. Avec eux, le continuum de la sécurité sera valorisé, amplifié et la France pourra être fière de compter sur une vraie force complémentaire sans alourdir le budget de l’Etat. Encore faut-il le dire et le reconnaître.

Faisons ici un bilan de tout ce que nous avons vu et entendu sur ANews Sécurité durant la saison écoulée. Peu de temps avant que la crise Covid n’éclate, un rapport parlementaire passé inaperçu a été rédigé par deux députés Alice Thourot (LREM Drôme) et l’ancien commissaire de police Jean-Michel Fauvergue (député LREM Seine-et-Marne). Leur mérite est d’avoir mis en avant l’excellence de la sécurité privée en rappelant que chaque jour, 165 000 personnes issues du secteur privé viennent s’ajouter aux 250 000 agents des forces publiques. A quoi s’ajoutent 21 500 policiers municipaux. Et ces chiffres ont encore évolué ce qui fait que l’on va bientôt approcher un demi-million de personnes dédiées à la surveillance et à la protection du territoire. Voilà le continuum sur la bonne voie. Mais comme le souligne le rapport parlementaire, il faut aller plus loin. Car si les effectifs atteignent des niveaux importants, on sent aussi un vent de contraire monter car l’univers de la sécurité privée est éclaté et présente de grandes fragilités. Ces fragilités, il faut les effacer.

CONTINUUM, ALLER PLUS LOIN

ANews Sécurité le rappelle régulièrement : la profession doit encore monter d’un cran en termes de formation et de structuration. C’est aussi l’urgence de trouver de bons porte-paroles qui pourront valoriser le secteur et s’exprimer d’une seule voix. On cite souvent l’exemple de l’Espagne où les forces publiques sont considérées et perçues comme des partenaires fiables car ils sont jugés excellents grâce à une formation de haut niveau. En France, l’excellence doit être placée au rang des priorités des cinq années à venir.  Le rapport parlementaire rédigé avant la crise covid (qui a gelé beaucoup de projets) rappelait à juste titre que la France s’en tire très bien dans plusieurs secteurs sensibles. Citons le contrôle des douanes dans les aéroports. Ce que l’on appelle le filtrage. Voilà un modèle de continuum réussi et qui fonctionne parfaitement en partenariat avec les agents de contrôles aux frontières. Pour sa part, Frontex compte pour le moment 2000 fonctionnaires aux portes de l’Union Européenne. Sa réussite n’est possible qu’avec le renfort du privé. D’ici à 2027, Frontex recrutera 20 000 agents. Seront-ils tous issus du public ? Pas sûr.

Savez-vous qu’en Suisse, certains postes frontières ont été placés sous l’autorité de la société SECURITAS Suisse parce que les effectifs publics manquent ?   

SÉCURITÉ DES TRANSPORTS DE FONDS : EXEMPLE A SUIVRE

En France, il y a aussi un autre modèle à suivre et qui illustre la réussite du continuum, c’est la sécurité qui est assurée dans les transports de fonds. Qui oserait aujourd’hui remettre en cause ce service assuré par des agents privés ? Et imagine-t-on une seconde la mobilisation de policiers pour assurer la surveillance de transports de fonds ? Si cette mission fonctionne, c’est aussi parce que la formation s’est améliorée et que les primes permettent de revaloriser les rémunérations. Verrait-on dans ce secteur des sociétés low-cost assurer le transport de fonds ? Non, car la qualité a un prix. La sécurité aussi. Ces deux points doivent être les priorités de demain. En résumé : Non au low-cost et non aux bas salaires. Précisons toutefois que le salaire moyen d’un agent de transport de fonds ne dépasse pas 1576 euros en France. Un salaire bien maigre quand on assure le transport de plusieurs millions d’euros dans un fourgon blindé. Et donc, rendons hommage à ces agents privés qui risquent leur vie au quotidien et qui méritent la reconnaissance.

DES GARDES FORESTIERS PRIVÉS : EXEMPLE A SUIVRE

Autre exemple, les gardes-forestiers de plus en plus nombreux pour seconder les fonctionnaires de l’ONF. Face à la recrudescence des vols de bois, (souvenez-vous cette forêt de chênes décimée), des propriétaires privés ont recours à des agents techniques assermentés. Ce sont les gardes des bois, assimilés à des gardes chasse et appartiennent à la Fédération des gardes particuliers. Cette police forestière privée est rarement mise en valeur, elle est pourtant habilitée à relever les infractions notamment à traquer les chasses non autorisées. Hommage leur est rendu. Car la violence touche également le monde agricole et forestier.

Le continuum, ce sont aussi les agents de surveillance de casinos, de bijouteries, de commerces. Ils étaient là aussi pendant la crise covid pour vérifier les passes sanitaires aux entrées des hypermarchés.

LES MAÎTRES SAUVETEURS PRIVÉS : DEUX FOIS PLUS NOMBREUX EN ÉTÉ

Que dire de nos agents privés qui surveillent les plages et les piscines ? En renfort des maîtres-nageurs territoriaux ? Savez-vous qu’en été, cette profession double ses effectifs, passant de 6000 à 12 000 professionnels confirmant le fait que le continuum, ça marche !

79% DES POMPIERS SONT DES AGENTS PRIVÉS

Parler des pompiers me semble également indispensable. Bien entendu, d’aucuns diront qu’ils sont tous des militaires (à Paris et à Marseille) ou agents territoriaux. Faux ! Car en effet, le continuum de la sécurité fonctionne depuis des années avec des soldats du feu volontaires et donc civils. Ces pompiers volontaires assurent les mêmes tâches que leur pair et il sont … 198 000 hommes et femmes. Ces volontaires « privés » de la sécurité représentent 79% des sapeurs-pompiers en France !

Imaginez une seconde que vous additionnez tous ces agents de l’ombre ! Tous ces « privés » de la sécurité au service de notre sécurité globale. Nous serions fiers de compter autant d’engagés dans ces métiers indispensables.

Mais voilà, ils sont souvent oubliés, ou mal perçus. Je pense à ces agents qui contrôlent les accès dans les magasins et qui jouent pourtant un rôle majeur dans la dissuasion.
Alors oui : Revalorisons ces métiers, revalorisons l’image de ces femmes et de ces hommes qui risquent leur vie au quotidien pour nous protéger.

Et disons haut et fort à l’administration française qu’elle se doit de renforcer les coopérations et les passerelles au cœur des professions, qu’elle se doit d’augmenter encore les échanges interprofessionnels, et d’ouvrir de nouveaux horizons à ces agents privés altruistes et engagés.

Hommage à eux, hommage à ces agents de l‘ombre insuffisamment valorisés.
Produire la sécurité de demain, voilà l’enjeu que résumait parfaitement le rapport parlementaire resté lui aussi dans l’ombre alors que la France a besoin d’une sécurité renforcée.

Eric de Riedmatten

Directeur de la publication : Michaël Lejard
Directeur de la rédaction : Alexandre Carré