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Le continuum au Gala des Directeurs de la sécurité – Le Regard d’Éric

Par Eric de Riedmatten
Juin 2022

Curieusement, les élections législatives n’ont pas abordé la question clef de notre sécurité en France. Pas un mot sur les budgets alloués aux forces de l’ordre alors que pas un jour ne passe, sans que la violence ne dégrade notre environnement.
Il n’est question que de pouvoir d’achat, que de hausse de salaire, ou de fiscalité dont certaines promesses ne pourront pas être tenues tant les caisses sont vides. 
Quant à la sécurité, elle est passée sous silence. La Nouvelle Union Populaire (NUPES) a d’ailleurs annoncé la couleur en attaquant de front la police qu’elle n’est pas près de renforcer ou de soutenir.
Dieu merci, l’univers de la sécurité a su s’organiser et se structurer pour préparer l’avenir. Et développer l’urgence du continuum qui est aujourd’hui au cœur des priorités.
Le Gala des directeurs de la sécurité qui s’est tenu mardi 14 juin au Pavillon Gabriel a eu le mérite de donner la parole à toutes les parties prenantes.

CONTINUUM EN EUROPE, LA FRANCE PAS EN AVANCE

Et je dois dire qu’en suivant la conférence de presse consacrée au continuum européen, je me suis étouffé une fois de plus en découvrant que la France était à la traîne dans ce domaine.
Alors que le continuum de la sécurité devrait être là pierre angulaire de notre politique sécuritaire, on obtient la confirmation que la France accuse un retard terrible face à ses voisins suisses, belges et surtout espagnols qui sont aujourd’hui la référence en Europe. L’un des représentants de la Garde Civile nous disait que les drames terroristes survenus sur le territoire espagnol pendant 70 années, ont contraint les autorités à mieux former leurs équipes sur le terrain et à renforcer la prévention. La loi sécurité privée, a permis de renforcer les coopérations et de multiplier les arrestations.
Les Belges quant à eux, n’hésitent pas à dire qu’ils ont la meilleure sécurité privée en Europe, depuis l’instauration de la loi Jambon qui a fait suite à la loi Tobback qui toutes deux ont renforcé les droits et la formation des agents privés. Voilà un grand pas en avant dont la France devrait d’inspirer. Qui plus est au moment où notre pays a eu la chance de présider le conseil de l’Union Européenne. Rien de tout cela, notre continuum piétine et Fabienne Keller, députée européenne, ancienne maire de Strasbourg, reconnaît qu’il serait bien utile de créer un FBI européen, capable de concentrer tous les moyens pour lutter contre les trafics et les violences. Et s’appuyer sur les nouvelles technologies telle que l’intelligence artificielle.
Quant à la France, le président du Groupement des Entreprises de Sécurité, Luc Guilmin, évoque la délicate question des Jeux Olympiques de Paris. Selon lui, il faut aller plus loin en matière de coopérations entre public et privé si l’on veut atteindre l’objectif de 15 000 agents supplémentaires en 2024, année des JO. 
Alors, oui, je comprends à travers ces témoignages mis en exergue grâce au concours d’Agora Managers et de son promoteur Michael Lejard, que la France est en retard et qu’elle doit s’inspirer du modèle étranger.

LE PARTAGE DE L’INFORMATION AU COEUR DES DÉBATS

Ce Gala des directeurs de la sécurité a permis aussi d’approfondir la question du partage de l’information.
Comme l’a révélé l’un des plus éminents responsable d’enquêtes criminelles en Espagne (30 ans de service), la coopération entre privé et publique est acquise depuis longtemps. Celui qui a l’information a le pouvoir mais le pouvoir ne sert à rien si personne ne partage l’information.
Autre enseignement à tirer des intervenants du Gala, la sécurité privée est de plus en plus souvent inscrite dans les budgets investissement des entreprises.
Une multinationale comme Solvay, consacre 2% de ses investissements à la sécurité. Et j’aime entendre parler « investissements ». La France serait-elle prête à investir dans la sécurité ? Notamment dans la cybersécurité comme le révèle notre invité de la table ronde.
J’entends plus souvent parler de dépenses pour la sécurité que d’investissements.
Acceptons une fois pour toute le fait que notre sécurité à tous, c’est un investissement sur l’avenir.
Intéressant également de suivre la montée en puissance de la sécurité privée en Suisse. 

SÉCURITÉ PRIVÉE EN SUISSE : SEUL COMPTE LE RÉSULTAT

Cette sécurité privée qui assure déjà une bonne part des contrôles dans les chemins de fer fédéraux (CFF). En totale coopération avec les forces publiques et cela marche car la Suisse est un pays qui place la confiance et le résultat avant les discours politiques ou dogmatiques.
Il est vrai qu’en France, si la SNCF lâchait une once de son pouvoir, on imagine les mouvements sociaux que cela déclencherait.
Au cours de ces débats, un autre thème important a été abordé. L’Europe en fait-elle suffisamment pour la sûreté et la sécurité commune de l’Union ? Intéressant d’entendre la députée européenne Fabienne Keller regretter l’absence d’esprit européen dans cette lutte. Même si de grands progrès ont été accomplis avec notamment le renforcement d’Europol, il est clair que la coopération doit être encore améliorée.
D’ailleurs, pour Dan Rottenberg, de la commission européenne en charge de la sécurité digitale, l’Europe n’offre pas suffisamment de fluidité dans le domaine des échanges numériques. Les obstacles demeurent et le partage d’informations est loin d’être aisé d’un pays à l’autre.

On conclura en disant ceci :
Le chemin sera long pour atteindre une Europe du renseignement efficace. Et le renfort du privé est loin d’être acquis sur ce point car l’Europe délègue ce droit aux Etats. Elle ne pourra donc pas instiller un encouragement au privé sauf si une réglementation européenne venait à modifier la donne. 
Le continuum européen hélas, n’est pas pour demain. Ce serait pourtant une opportunité extraordinaire de croiser les moyens, de décupler les forces et d’échanger nos savoirs.
Au lieu de quoi, l’Europe fait du surplace et laisse la violence et la misère s’installer. Est-ce l’aveu de son impuissance pour tous les sujets graves ? 
Je le crains.

Éric de Riedmatten

Directeur de la publication : Michaël Lejard
Directeur de la rédaction : Alexandre Carré


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