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La sécurité face à la haine – Edito

Par Eric de Riedmatten
Mars 2022

Il y avait une phrase qui m’avait marquée lorsque j’étais gamin. C’était en 1976 : « Ni armes, ni haine, ni violence ». Cette phrase, c’était un grand voyou qui l’avait écrite sur les murs de la salle des coffres de la Société Générale à Nice. Après le plus gros hold-up de l’histoire de la criminalité.

Tout était dit. C’était une autre époque. Une époque où les voyous existaient certes. Mais qui avaient des limites.
Albert Spaggiari, l’homme du casse de Nice n’aurait jamais brandi une arme même s’il les collectionnait.

Aujourd’hui, c’est tout l’inverse. Haine, violence et armes sont partout et pourrissent notre société alors que la sécurité privée et publique s’époumonent pour la faire respecter cette « sécurité ».

Frederico Martin Aramburu, le rugbyman assassiné dans la rue. Victime de la haine car il était argentin. Crime gratuit.

Des jeunes étudiants sur le campus ESSEC, violentés, victimes de la haine et de la jalousie par les voyous du coin.

Un agent de sécurité de 62 ans, en fin de carrière, roué de coups à Défense, en plein centre commercial, victime de la haine et hospitalisé avec un traumatisme crânien et de multiples fractures faciales, plongé par les médecins dans un coma artificiel.

Des gamins de 15 ans qui entrent dans une bijouterie et raflent pour 150 000 euros de montres de luxe. Des gamins qui ont la haine au ventre. Haine de ceux qui travaillent et réussissent.

Des petits caïds lamentables qui font régner la terreur en pleine banlieue paisible du sud de Paris, Bourg-La-Reine. Des tirs de mortiers contre la Police. Là encore, la haine des flics.

Ces actes d’une extrême violence se sont concentrés sur 5 jours seulement !

Une violence monstrueuse, qui monte qui ravage et qui est alimentée par les discours extrémistes que l’on entend à longueur de temps. Des discours qui rejettent l’autre et le montrent du doigt comme un ennemi. La banalisation de la haine a conduit aux extrêmes.
C’est l’échec d’une société qui vantait le « vivre ensemble ».

Comme le dit Houellebecq, sans amour, il n’y a plus de société. La société n’aime plus son prochain et le monde de la sécurité n’y peut plus rien.
Faudra-t-il mettre un vigile ou un policier derrière chaque humain ? Faudra-t-il un garde du corps pour chaque citoyen que l’on payera comme on paye un baby sitter pour garder les enfants ?

Les candidats à la présidentielle nous parlent de « sécurité », mais ILS sont incapables de faire respecter les lois actuelles. Les comparutions immédiates sont rares, les peines prononcées peu ou pas exécutées, les places de prisons insuffisantes, les centres de redressement inexistants. Et quand tous les moyens légaux sont absents, la peur et la haine s’installent dans le pays. Sait-on par exemple qu’aux Etats-Unis, la hausse des prix du carburant a provoqué un pic de criminalité ? Parce que les pauvres se sentent exclus et n’ont plus les moyens de se déplacer. Alors, le vol et les agressions se multiplient.

La guerre entre l’Ukraine et la Russie est le pire exemple qu’une société moderne puisse donner à ses concitoyens. Elle révèle que la haine et l’irrespect dominent la société. Qu’il n’y a plus de limites dans la violence et que cette folie humaine chez Vladimir Poutine est la même que l’on retrouve chez les agresseurs du rugbyman Frederico.
Il suffit de voir le remarquable portrait du Maitre du Kremlin diffusé sur ARTE : le dictateur russe avait la haine de l’occident depuis déjà 30 ans. Il attendait comme un loup terré dans sa tanière ; prêt à bondir, à attaquer. Poussé par erreur par Boris Eltsine (qui le regrettera plus tard), Poutine détestait l’Amérique depuis le premier jour de sa nomination au KGB. Et personne n’avait vu monter l’homme de terreur qu’il allait devenir.

Comme personne ne voit monter la haine chez les agresseurs quels qu’ils soient. La rancœur, la frustration sont le pire moteur de la violence.

Oui : triste exemple que nous donnent nos dirigeants.

Comme disait Jean Gabin, « Je suis à ma fenêtre, je regarde et je m’interroge. Maintenant, je sais qu’on ne sait jamais ».

Nos politiques pour la plupart ne savent vraiment rien des réalités de la vie.
Et ils ne sont vraiment plus des modèles.
Leurs discours et leurs actes sont de biens mauvais exemples pour la société.

Ils ne se font plus entendre, ils ne sont plus respectés (exemple les gilets jaunes), ils ne font plus régner l’ordre et ils alimentent les frustrations, les mécontentements, les haines, la violence et l’irrespect.

Ils sont le miroir de notre société, hélas.

Eric de Riedmatten

Directeur de la publication : Michaël Lejard
Directeur de la rédaction : Alexandre Carré