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Aimer la police ? – Le Regard d’Éric

Par Eric de Riedmatten
Juin 2022

C’est vrai que la Police ne demande pas à être aimée. « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent » disait l’empereur Caligula. Et il avait raison car après tout, seule l’autorité et le respect de la chose publique, (de la RES PUBLICA traduction latine de notre république), seule cette autorité devrait être figée dans le marbre, intouchable et indiscutable.

Or, on l’a bien vue avec le tireur du Pont Neuf, il s’en est fallu de peu pour que le policier auteur des tirs voit sa carrière brisée alors que les agresseurs étaient des trafiquants de drogue dangereux. On ne peut qu’être révolté par la manière dont la Police a été traitée. L’un des policiers, 24 ans, mis en examen pour homicide volontaire encourait jusqu’à 30 ans de prison ! Cette inversion des rôles a de quoi susciter l’indignation. La présomption de légitime défense devrait être la règle pour les policiers.  Heureusement, la force du syndicat Alliance a fini par faire jaillir la juste décision en rétablissant dans ses droits le jeune policier.  Et c’est un soulagement de voir l’autorité enfin reconnue.

POLICIER : SE FAIRE CONDAMNER OU SE FAIRE TUER ?

Car pour un flic, il n’y a plus le choix : se faire condamner ou se faire tuer. Les flics ne font plus peur disent les bandes qui se multiplient dans les banlieues.
Et souvenons-nous de ce que disait récemment un participant à la convention annuelle de l’armement au Texas. Ce membre de la National Rifle Association (NRA) après le drame d’Uvalde aux Etats-Unis voulait justifier son port d’armes. Voilà ce qu’il disait : « les tueurs ne craignent pas le juge, ils ne craignent pas la police, ils doivent avoir peur des victimes auxquelles ils s’en prennent ».
Mais voilà, notre police en France est dans l’impasse. Elle marche sur des œufs, entre la peur d’une bavure et la peur d’être assassinée. Elle doit repérer, tracer, agir, intercepter, neutraliser sans faire usage de la force.
Avouez qu’il y a là un paradoxe.

Et puis, elle doit faire face à un rejet systématique d’une certaine classe politique, et d’une partie de l’opinion.  Oui : elle souffre de mésestime. Disons-le, elle a du mal à se faire aimer.
Elle est rarement soutenue par son autorité de tutelle et encore moins par son Gouvernement (l’époque Castaner a laissé des traces).

JE NE CONNAIS AUCUN POLICIER QUI ENTRE DANS CETTE PROFESSION POUR TUER

Elle est détestée par la justice qui, au moindre accroc, n’hésite pas à la hisser au rang des coupables.
Elle est méprisée par les voyous, et haïe par les antisystèmes parmi lesquels on mettra en premier ligne Jean-Luc Mélenchon qui a montré sa haine pour ces fonctionnaires quand il a affirmé que « la police tue ». J’étais révolté en écoutant les propos de haine assénés par le leader de Nupes qui parle d’abus de pouvoir exercé par les policiers en légitime défense. Jean-Luc Mélenchon va même jusqu’à dire qu’un policier s’octroie le droit d’user de la peine de mort pour un refus d’obtempérer. Qu’aurait-il fait si ce policier avait été écrasé par la voiture folle du Pont Neuf ? Se serait-il rendu aux Invalides pour un hommage national ? Je retiendrais une seule phrase vraie et juste. Celle du commissaire Le Bars, Secrétaire général SCPN-UNSA. Il dit ceci : « Je ne connais aucun policier qui entre dans cette profession pour tuer ». Et d’ajouter sur CNEWS : « La maitrise des armes létales est très encadrée en France et l’on ne compte pas le nombre d’affaires où le policier renonce à l‘usage de son pistolet ».
Moi je le dis : la police doit être couverte par son autorité. Systématiquement. C’est le seul moyen de renforcer sa crédibilité et de lui permettre d’asseoir son autorité.  Je pense que c’est comme à l’école. Le jour où les profs et les instituteurs ne sont plus respectés, tous les abus sont permis. L’ordre se délite et le camp des mauvais en profite pour faire sa loi. C’est cela qui ne va pas en France. Est-il normal de garder le silence quand les fonctionnaires se font agresser ?

Et pourquoi le rejet de notre Police par certaines classes de la population ? C’est vrai qu’il y a un paradoxe. Ce métier est sûrement l’un des plus complexe au monde.
Nous aimons nos flics quand ils viennent nous sauver ou nous sortir d’une sale passe.
Nous les aimons moins quand ils nous arrêtent pour une infraction.

Et une bonne part de la population les déteste quand ces mêmes policiers chargent les manifestants et déclenchent les gaz lacrymogènes.

LE CONTINUUM PEUT-IL FAIRE MONTER LA COTE D’AMOUR POUR LA POLICE ?

 Alors amour ou haine ? Il est intéressant de regarder l’enquête de l’institut CSA dont CNEWS a relayé les enseignements. Et cette étude peut surprendre car finalement, les Français (ou en tous cas ceux qui ont été sondés), n’expriment pas d’antipathie pour leur police.
Huit français sur dix (84%) font confiance à l’autorité publique. Même si les jeunes sont moins nombreux à déclarer leur sympathie pour ces fonctionnaires (68% des 18-24 ans).
On voit dans ce sondage que la police bénéficie d’une large adhésion de la population. Mais que la machine à détruire leur réputation continue de sévir.
La montée en puissance du continuum de la sécurité peut-il changer la donne ? Avec plus de présence policière humanisée dans les rues et un meilleur partage des taches, la police, publique ou privée, retrouverait ses lettres de noblesse.
Aujourd’hui, la police de proximité comme en l’appelle est plutôt appréciée des Français. Elle est même réclamée car elle seule peut redonner aux Français un sentiment d’une meilleure sécurité.
Et il est intéressant d’écouter l’émission « Security Book » animée par Alexandre Carré.  
Le témoignage de l’ancien patron du RAID, Jean-Louis Fiamenghi, en dit long sur les besoins de la France en termes d’effectifs. Plus d’agents privés dans les rues pourrait rassurer et libérer les forces publiques d’une surcharge de travail. Ils pourraient alors se concentrer sur leurs missions essentielles de filatures, d’enquête et d’interception avec un niveau de formation encore plus exigeant. 
Il est urgent de remettre des patrouilles à pied dans les rues. Et il est important que des agents privés deviennent des primo intervenants.
Le continuum peut donc largement contribuer à décharger les polices publiques et les libérer de stress. Car en étant saturées et sur le qui-vive, elles sont amenées à commettre des faux pas.
Oui je le dis : La multiplication des forces d’appoint sera l’une des façons de renforcer la sécurité des Français et de faire monter d’un cran la cote d’amour pour nos autorités qui le méritent bien.

Eric de Riedmatten 

Une émission Agora Médias
Directeur de la publication : Michaël Lejard
Directeur de la rédaction : Alexandre Carré